De Nuremberg à l’affaire Epstein : y a-t-il une justice internationale ?

Nuremberg, James Vanderbilt, 2025, 2h28.

Le film nous plonge dans le procès en 1945-1946 des dirigeants nazis emprisonnés à Nuremberg, plus particulièrement la confrontation entre le Reich Marschall Hermann Göring (1893-1946), obèse et opiomane, second personnage du régime qui s’est entre autres nombreux crimes, considérablement enrichi pendant la guerre en pillant les œuvres d’art et les biens de Juifs, et le psychiatre, le lieutenant-colonel de la US Army, le Dr Douglas Kelley, 33 ans à l’ouverture du procès. En tant que chef psychiatre de la prison, il a pour mission d’évaluer la santé mentale des prisonniers avec pour seul objectif pour le colonel, directeur de la prison, d’éviter tout suicide. Ce qui ne manquera pas d’arriver avec Robert Ley, 55 ans, directeur du Front allemand du travail et de l’Organisation du parti nazi, le 25 octobre 1945, retrouvé pendu dans sa cellule. À cette occasion, un psychiatre militaire britannique lui est adjoint avec qui les relations sont tendues. Le film se focalise essentiellement sur le face-à-face Göring-Kelley lors de fréquents entretiens dans sa cellule. Le dirigeant nazi se suicidera au cyanure grâce à la complicité d’un jeune garde allemand, la veille de son exécution par pendaison. Il avait demandé en tant qu’officier à être fusillé, ce qui avait été refusé par le tribunal.

Quelques autres accusés

Quelques portraits d’autres nazis sont ébauchés dans le film, dont celui de Rudolf Hess (1894-1987). Hitler en avait fait son dauphin en 1933. Il avait participé à la rédaction des lois raciales de Nuremberg en 1935. Son escapade rocambolesque en Écosse à bord d’un avion est évoquée, pour proposer au Royaume-Uni un traité de paix séparée, prétendument de sa propre initiative, sans l’accord d’Hitler qui le fera passer pour fou par la suite. Le 4 février 1945, il avait déclaré avoir feint la maladie mentale avant de sombrer à nouveau dans l’amnésie. Mon père qui était officier, l’avait vu à la prison de Spandau à Berlin où il était incarcéré à perpétuité. Il ne parlait pas, semblait désorienté. Est-il un simulateur ou non ? Nul ne le sait, même si le réalisateur penche pour la première option. Après quarante-six ans de détention, il sera retrouvé pendu à l’âge de 93 ans dans une annexe de jardin de la prison. Ce sera le dernier détenu de la prison de Spandau qui sera détruite après sa mort.

Quelques grands absents du film

Le grand absent du film est Albert Speer (1905-1981), ami fidèle d’Hitler et architecte du IIIeReich. C’est le seul au procès à avoir plaidé schuldig, « coupable ». Les juges de Nuremberg visiblement n’ont pas saisi l’entière responsabilité de Speer qui n’était pas uniquement chargé de construire un nouveau Berlin, Germania. En 1942, il devient ministre de l’Armement et des Munitions puis en 1943, ministre de la Défense et de la Production de guerre. Il a été condamné à vingt ans de prison pour emploi de main d’œuvre concentrationnaire (certains comme cobayes pour les laboratoires pharmaceutiques). Les travaux des historiens ont montré par la suite que son implication dans les crimes nazis était bien plus grande que ce que le procès a montré. Les juges à l’époque n’avaient pas les informations suffisantes. Il a participé à partir de 1939 en tant que responsable du Département central de la Réimplantation à l’expulsion des Juifs de leurs propriétés (75 000 personnes) pour reloger des non-Juifs. Il a dit à Nuremberg ne rien savoir de la Shoah, alors qu’il était présent à une conférence des Gauleiter à Pozen (Pologne) le 6 octobre 1943 où Himmler a fait un discours en détaillant les exterminations en cours. D’après l’historien britannique Adam Toze, « La ‘’mythologie’’ de Speer n’a pas été assez critiquée ». À sa sortie de prison en 1966, il donne interview sur interview, où il présente au public sa légende du nazisme défunt. Il terminera en 1954 la rédaction de ses mémoires, commencées en prison et qu’il avait fait sortir clandestinement. Ses deux autobiographies traduites en quatorze langues, auront un grand succès. Il meurt à l’âge de 76 ans d’une crise cardiaque lors d’un déplacement à Londres. Le « cas » Speer montre les limites de la dénazification dans l’Allemagne d’après-guerre…

Les autres grands absents du film sont les juges français et russes qui n’apparaissent pas. Or, c’est un tribunal international qu’ont voulu les alliés pour montrer au monde que la justice était passée, même s’il y avait des divergences entre eux sur la manière de procéder et les condamnations à prononcer. Je pense au témoignage très remarqué à l’époque de la résistante Marie-Claude Vaillant-Couturier (1912-1996), photographe-reporter à L’Humanité avant-guerre, députée communiste, arrêtée par la Gestapo en 1942, déportée en janvier 1943 à Auschwitz puis, à Ravensbrück (Autriche).

Elle avait dénoncé les insuffisances du procès, où peu de victimes du nazisme ont été entendues, même si elle reconnaissait l’intérêt de la dénomination pour la première fois de « crimes contre l’humanité ». La question juive a été effleurée pendant le procès. Il faudra attendre celui d’Adolf Eichmann en 1960 à Jérusalem pour que le génocide juif soit abordé. Elle avait déploré que les responsables des grandes firmes allemandes ne soient pas incriminés, Krupp, Siemens, IG Farben, l’Américain Henry Ford également, qui ont collaboré avec le régime nazi. La plupart perdurera après la guerre en changeant de nom de société. Un sixième procès aura lieu à Nuremberg en 1947-1948 (il y en aura douze en tout), où treize dirigeants d’IG Farben seront condamnés à des peines clémentes, les archives de l’entreprise ayant été détruites ou falsifiées, de six ans de prison. Deux d’entre eux, pourtant jugés coupables de crimes de guerre et incarcérés, deviendront en 1955 présidents des entreprises Hoechst et Bayer.

La scène finale quand le Dr Kelley est interviewé à la radio une fois rentré aux États-Unis, fait le lien pour moi avec l’actualité qui secoue la blogosphère en ce moment, l’affaire Epstein. Kelley pensait comme la philosophe Hanna Arendt l’a analysé par la suite que les criminels de guerre, les génocidaires sont des hommes et des femmes comme les autres, même si l’idée est difficilement supportable. « La banalité du mal » qui n’est d’aucune sorte banal, renvoie à des êtres ordinaires qui font partie du genre humain que les circonstances ont rendus criminels, ce qui ne les absout en rien de leurs actes. En faire des psychopathes de mon point de vue, c’est leur trouver des excuses. La mort du Dr Kelley seulement douze ans plus tard, ne m’a pas surprise.

Une affaire financière et politique, pas seulement de pédophilie

Je n’entrerai pas dans les détails des crimes sexuels commis dans l’affaire Epstein où sont impliqués à divers degrés des personnalités publiques, politiques, hommes et femmes d’affaires, banquiers, universitaires, scientifiques, dirigeants d’entreprise, etc. Le chantage sexuel, la pédophilie sont la partie visible de l’iceberg des faits commis dans les différentes résidences de Jeffrey Epstein dont son île privée dans les Caraïbes, où des enfants, des jeunes femmes y compris mineures, après avoir été enlevés ou « séduits » à l’aide de contrats d’embauche, étaient prostitués à des fins de Kompromat auprès de personnalités, des caméras étant installées dans toutes les pièces, dans un triptyque qui se résume à sexe-argent-pouvoir.

Les Epstein files ont révélé du blanchiment d’argent à l’aide de sociétés écran (une douzaine au moins), des banques comme JP Morgan jusqu’en 2008 puis la Deustche Bank, l’avaient comme client alors que des sommes très importantes transitaient sur ses comptes, sans aucune vérification de l’origine. 70 millions de dollars en espèces ont été retrouvés dans un coffre à l’été 2019 chez lui à Manhattan, des centaines de diamants, un faux passeport autrichien. Bien que condamné à treize mois d’emprisonnement en 2008 pour incitation à la prostitution d’une mineure, inscrit au registre des délinquants sexuels, il a obtenu des privilèges lors de son incarcération : accès internet, TV, téléphone, visites hors des temps réglementaires, voiture privée avec chauffeur pour aller à son bureau 6 j/7 pendant 12 heures, les gardes ayant interdiction d’y entrer. Il en profitait pour recevoir des femmes. Des indemnités financières ont été négociées avec les victimes, un accord de non-poursuite qui immunisait « tout complice potentiel », c’est-à-dire que « toute personne ayant aidé Epstein à procurer, transporter ou abuser de filles, serait libéré ». Au vu des chefs d’accusation, il aurait dû être condamné à la prison à vie. L’enquête et le procès ont été sabotés, le procureur fédéral du Sud de la Floride a négocié avec les avocats d’Epstein, ce qui devrait être interdit dans les affaires de pédophilie. Malgré cette condamnation comme délinquant sexuel, il est resté fréquentable pour quantité de personnes… et son réseau a duré trois décennies.

Son amie, Ghislaine Maxwell, qui faisait office de rabatteuse de jeunes filles qu’elle menaçait de mort si elles parlaient, a été condamnée en 2022 à vingt ans de prison, ce qui là encore est dérisoire. Le 9 février dernier, elle a été auditionnée par une commission parlementaire du Congrès américain. Après avoir refusé de répondre aux questions en invoquant le cinquième amendement de la Constitution, elle a proposé en échange de la grâce présidentielle de révéler tous les noms du dossier. Sa requête ridicule n’a aucune chance d’être acceptée. Elle sait très bien que si elle parle, elle est morte… Maxwell avait été présentée au procès d’Epstein comme son assistante, pas comme une prédatrice, seulement une complice. Elle fait office de bouc-émissaire, sacrifiable. Ce n’est pas et ce ne sera sans doute pas la seule…

Aucune enquête sérieuse n’a été menée pour savoir qui finançait l’empire Epstein, sur les responsables qui l’ont protégé, sur les liens avec le Mossad, les services de renseignements israéliens dont il aurait été un agent, etc. Il se présentait comme « un gestionnaire de fortune pour les ultra-riches », sans qu’il n’y ait aucune preuve crédible. Dans les années soixante-dix, il a vaguement été professeur de mathématiques sans diplôme, après avoir abandonné ses études.

Il a été retrouvé officiellement suicidé dans sa cellule la veille de son audition au tribunal dans des circonstances troubles (coupure de caméra pendant 39 minutes, les deux gardiens endormis, seul dans sa cellule, son codétenu ayant été transféré la veille ailleurs). Il avait dit peu avant qu’il révélerait les noms de toutes les personnes impliquées. L’agent de mannequins parisien, Jean-Luc Brunel, qui fournissait les deux pédophiles en jeunes filles, a été retrouvé en février 2022 pendu également dans sa cellule à la prison de La Santé.

C’est étonnant que Maxwell soit toujours en vie : elle a manifestement des protections en haut lieu. Elle a été transférée cet été dans une prison au Texas où ses conditions d’incarcération se sont nettement améliorées. Il y a de fortes chances, une fois le mandat Trump achevé, qu’elle bénéficie d’une remise de peine. Maxwell et Brunel ne sont pas les seuls protagonistes de l’affaire, en tant que « lieutenants » d’Epstein, d’autres personnes dont quatre femmes apparaissent dans l’enquête. Elles n’ont fait l’objet d’aucune poursuite, aucune charge et aucune inculpation. Des enfants ont disparu après avoir subi des viols, des tortures, sans qu’on sache ce qu’ils sont devenus, faute de véritables investigations. Des rituels sanglants les impliquant auraient eu lieu.

Ses e-mails échangés avec diverses personnalités portent sur la préparation d’une épidémie des années avant le Covid-19, sur l’ARNm, l’eugénisme, la dépopulation, les cryptomonnaies, le coup d’état à Maïdan en Ukraine, des informations politiques sensibles, etc., toutes thématiques chères au deep state qu’il faudrait appeler le dark state… Il était un membre actif et éminent de plusieurs réseaux d’influence1. Il était à la tête d’une fortune considérable en biens immobiliers, tableaux de maître, voitures de luxe, etc., sans qu’on sache exactement d’où provenait son argent (Elton, 2025)2.

Des centres d’intérêt financiers et scientifiques

Liliane Held-Khawam, chercheuse et journaliste indépendante, dans un article3 sur son blog montre qu’Epstein, c’est « un réseau qui sert à pénétrer les espaces publics et privés du pouvoir mondial. (…) Il maîtrisait ce que peu de dirigeants de la communauté internationale comprennent, à savoir les mécanismes de la haute finance internationale et comment ceux-ci pouvaient globaliser le monde. Il maîtrise la création monétaire, mais aussi l’art et la manière de spéculer ». Elle explique qu’il a été coopté par le plus gros baron de la finance américaine, David Rockefeller. « En tant qu’investisseur, il s’intéressait à l’origine de la vie, la Théorie de l’évolution (Darwin ne le convainc pas vraiment), et par le bricolage du vivant ». Il avait un grand « attrait pour les sciences cognitives et l’apport des mathématiques au niveau de la santé et la longévité de la vie. Il travaillait à l’avènement de l’IA qui vise à remplacer la médecine traditionnelle. (…) Il milite pour ‘’l’utilisation de la technologie et des données scientifiques probantes afin d’accroître les capacités humaines’’ et de lutter contre le vieillissement ». Il a probablement participé à un investissement de 21 millions de dollars dans une société en biologie synthétique, dont les principaux contributeurs sont Vangard Group, Inc., Blackrock, Inc., Capital World Investors, d’après toujours L. Held-Khawam.

Aussi, Jeffrey Epstein ne peut pas être réduit à ses activités pédophiles, son implication criminelle va au-delà.

Une organisation criminelle internationale

Epstein n’a pas pu agir seul sans quoi il n’aurait pas pu se maintenir aussi longtemps. Certains affirment qu’il est toujours en vie en Israël. Je n’en sais rien. Qu’il soit vivant ou décédé ne change rien : on ne le verra jamais dans un tribunal. Il est plus intéressant mort que vivant pour ceux qui l’ont protégé et utilisé des années durant. Les morts ne parlent pas… Il n’était qu’un exécutant, certes doué, au carnet d’adresses bien rempli, grassement rémunéré pour les services rendus, mais pas au-delà. Si l’on devait regarder un organigramme, il serait tout en haut de la pyramide suivi de ses complices – beaucoup au féminin – mais ceux au-dessus de lui, nous n’avons pas les photos et on ne les aura jamais… Les deux principes fondamentaux d’une organisation criminelle sont l’omerta et l’invisibilité. Les mafieux ne s’exposent jamais au public, ont des activités dans l’économie légale qui leur servent de couverture, dans la restauration, les jeux, les loisirs, le tourisme, le commerce, l’entreprenariat souvent familial. Commanditaires de crimes, ils ne se salissent jamais les mains, trop occupés à blanchir de l’argent… Ils ne font pas de politique, qui les mettraient sur le devant de la scène, ils préfèrent être des conseillers dans l’ombre. Ils utilisent des prête-noms lors de montages financiers de sociétés, qui les rendent intraçables. Epstein était trop visible pour être un décideur, son rôle était de manipuler, faire du chantage sexuel, influencer la politique étrangère, auprès de personnalités de tous milieux, politiciens, chefs d’entreprise, journalistes, Gotha, etc.

Aussi, il y a de fortes chances pour que la justice ne soit pas rendue aux nombreuses victimes, les grandes oubliées de l’affaire, dont on a étouffé la parole des années durant, ou du moins à la marge : quelques têtes vont tomber pour satisfaire une opinion publique choquée mais cela n’ira pas très loin. Déjà en France, Emmanuel Macron a déclaré que c’est une « affaire qui concerne surtout les États-Unis d’Amérique », alors que la perquisition de l’appartement parisien d’Epstein à l’été 2019 a montré l’inverse à l’aide de preuves et ses e-mails des six années précédentes étaient déjà connus de la justice française. La présidente de l’Assemblée Nationale a déclaré refuser la demande par le groupe La France Insoumise d’une commission parlementaire sur le volet français de l’enquête, comme elle l’avait fait pour l’affaire Benalla. Les 3,5 millions de documents déclassifiés des Epstein files ne sont qu’une partie de l’ensemble collecté. L’identité de certaines personnes sur les messages est caviardée.

Faire pression sur les protagonistes de l’affaire

Il ne sera pas difficile de faire pression sur les enquêteurs, les juges, les avocats, les accusés et même les victimes soit en les achetant, soit pour les incorruptibles en les menaçant eux et leur famille. J’en ai fait les frais à mon petit niveau en 2012 peu avant de publier ma thèse4. Arrivée à la fin du texte qui devait être envoyé à mon éditrice chez L’Harmattan, des signes de plus en plus évidents m’ont fait comprendre de façon subtile que quelque chose n’allait pas. Les cercueils en carton sur le paillasson ou les appels anonymes en pleine nuit existent surtout dans les films. Dans la vraie vie, ça se passe autrement… D’un seul coup un climat d’instabilité qui devient assez vite de peur s’installe. Tout marche de travers, des rendez-vous professionnels sont annulés sans raison, le chômage pointe assez vite après un harcèlement administratif kafkaïen et autre, un travail à l’étranger malgré un contrat signé de pré-embauche n’aboutit pas, des bugs informatiques répétés surviennent, etc. L’objectif est de rendre la personne paranoïaque ou considérée comme telle mais, sans la nécessité de menaces directes. De par mes origines familiales, je connais les mentalités de ce coin de Méditerranée… sans compter tout ce que j’ai pu lire sur le sujet.

Assez vite, j’ai compris d’où venait le problème. Entre-temps, je sentais planer un danger sur les enfants de la famille. Après plusieurs mois de blocages et de déboires de toute nature, j’ai décidé d’effacer, censurer, un long passage qui présentait les travaux d’une sociologue sur les femmes et la mafia, notes de bas de page et bibliographie comprises. Elle recevait ainsi que ses étudiants régulièrement des menaces de mort. Les femmes, depuis les années 90-2000 quand les hommes manquent car tués ou en prison, ont remplacé les parrains en devenant des marraines, ce dont en matière criminelle elles se tirent très bien, parfois mieux que les hommes… Les romans, les films comme Scarface (1983)5 qui présentent les mafieux comme des héros en donnant une belle image d’eux sont très appréciés, les traités de sociologie, nettement moins…

Ensuite, tout est comme par miracle rentré dans l’ordre, la vie a repris son cours normal. Je pense même avoir bénéficié du fait de mes origines siciliennes, de facilités pour que cela se passe au mieux mais, sans avoir rien demandé – les contacts étaient « fantômes ».

Des méthodes très appropriées

Les méthodes des organisations criminelles sont très efficaces et ceux qui résistent le payent souvent de leur vie. Je pense aux juges anti-mafia du Maxi Procès à Palerme, Giovanni Falcone et Paolo Borsellino assassinés les deux en 1992, à l’écrivain et journaliste italien Roberto Saviano qui depuis la publication de son enquête Gomorra (2006)6 est sous protection policière 24h/24, accompagné de cinq à sept Carabinieri dans ses déplacements, qui change de domicile en permanence. Il a dit à plusieurs reprises que depuis le succès mondial de son livre, il a « una vita di merda »… Les juges anti-mafia du procès de Palerme étaient obligés de vivre barricadés dans leur appartement aux vitres blindées avec des policiers armés à l’intérieur, sur le toit, dans tout le quartier, changeant d’itinéraire tous les jours pour aller au tribunal, séparés de longs mois de leur famille restée dans le Nord de l’Italie, sous protection policière également. Qui peut résister à l’idée d’exploser un jour dans sa voiture, de tomber d’un immeuble, d’être « suicidé » ou empoisonné de diverses manières ?

Je pense qu’il n’y aura pas de Nuremberg 2.0 comme certains l’espéraient concernant la crise du Covid-19, seulement quelques condamnations pour la forme de personnes soit trop âgées ou devenues trop médiatisées et surtout inutiles, qu’on peut sacrifier sans gêne et sans mettre en péril l’équilibre général.

Le seul moyen me semble t-il de faire tomber une organisation de la sorte est l’argent qui est toujours le talon d’Achille… comme pour Al Capone dans le Chicago des années 20-30, enrichi grâce au trafic d’alcool pendant la Prohibition, mais jamais pris en flagrant délit de crime et que le fisc a fait tomber. Encore faut il se doter de juges suffisamment compétents en droit fiscal, en finance internationale et en nombre suffisant et qu’ils puissent travailler en toute indépendance, dont la tâche sera ardue tant les montages financiers des sociétés off shore sont complexes et opaques.

Aussi, je reste assez sceptique sur les retombées judiciaires de cette affaire internationale et même sur la dissolution d’une organisation criminelle, émanation de l’état profond qui regroupe les puissants de ce monde aux moyens financiers considérables, sortis des meilleures universités occidentales, diplômés en droit fiscal, économie, finance, psychologie, biologie, médecine, etc., loin de l’image d’Épinal de mafieux de seconde zone. J’ai bien peur que ces criminels en grande bande organisée… n’aient encore de beaux jours devant eux. Finalement, on n’aura rien appris de l’histoire. Les massacres actuels au Proche-Orient le montrent.

1 : Paul Knaggs, « De Rockefeller à Starmer : cartographie du réseau trilatéral dans les dossiers Epstein », Labour Heartlands, 1er février 2026.

2 : Donald Elton, Au-dessus de la Loi. La machine à étouffer l’affaire Epstein, Independently Published, 2025.

3 : Liliane Held-Khawam, https://lilianeheldkhawam.com/2026/02/11/epstein-un-as-du-repo-et-de-la-speculation-financiere-soutenait-le-transhumanisme/

4 : Élisabeth Campagna-Paluch, La Légende des femmes. Récit anthropologique, Paris, L’Harmattan, 2013.

: Brian De Palma, Scarface, 1983, 2h45.

: Roberto Saviano, (2006), Gomorra. Dans l’empire de la camorra, Paris, Folio, 2009 ; Giovanni Falcone, Paris, Gallimard, 2025.

© Bettina Flores, 14 février 2026.

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