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Silence des médias sur le blocage des lycées

Par Bettina Flores 1 octobre 2026 9 min de lecture
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Une information passée sous silence

Depuis une semaine environ, des élèves organisent des blocus dans une grosse dizaine de lycées en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne pour dénoncer la surcharge de leur classe et leur emploi du temps, la pression de Parcoursup. Il y avait eu une trentaine d’interpellations, hier elles étaient de 164 lycéens dans plus de 180 établissements. Dans certains lycées, les enseignants et les parents les soutiennent. Peu de médias officiels en ont parlé si ce n’est Édouard Geffray, le ministre de l’éducation, qui a été interviewé dans Le Monde vendredi 25 septembre. Il s’en est pris à « des députés LFI (qui) encouragent depuis mercredi des jeunes à bloquer les lycées » et dont « l’appel à étendre les blocages assume une instrumentalisation politique de la jeunesse ». Toutefois, il reconnaît que « les difficultés rencontrées par certains lycées appellent des réponses concrètes : nous les traitons, établissement par établissement. Elles ne justifient ni les tirs de mortiers, ni les entraves à l’accès aux cours, ni toute forme de violence »1. Sans surprise, le mouvement des lycéens qui s’amorce ne peut pas venir d’eux mais est forcément instrumentalisé. Ils sont trop jeunes pour savoir ce qu’ils font…

Ce qui est surprenant, c’est que je n’ai vu quasi aucun relais jusqu’à aujourd’hui de cette information dans les médias alternatifs, sur les réseaux sociaux : le sujet n’intéresse pas ?

Un tour d’horizon sur l’Éducation Nationale

Le budget de l’Éducation Nationale à venir prévoit 54 milliards d’économie. « Les réformes successives du lycée (Chatel, Blanquer) ont profondément dégradé les conditions de travail des personnels et aggravé les inégalités entre élèves ». La mobilisation du 29 septembre et l’appel intersyndical à la grève demandent de renforcer l’égalité salariale, de créer des postes et de renforcer les personnels, notamment les AESH (Accompagnants d’Élèves en Situation de Handicap), explique Bastien Charret2.

La revalorisation du point d’indice et le retour de son indexation sur l’inflation, cette dernière supprimée en 1983 avec 15 % de retard sur l’inflation en ce moment, font partie des revendications du syndicat CFE-CGC des Services publics, également contre l’indexation des retraites3. Comparativement, le budget des armées est en augmentation de 6,4 milliards.

En 2026, l’Éducation Nationale a perdu officiellement 4 000 postes, au moins autant sont prévus en 2027. Des suppressions d’emplois contractuels ont eu lieu, notamment 200 enseignants à Paris licenciés par le rectorat, d’après François Jarraud4.

L’enseignement public comporte environ 711 600 professeurs, l’enseignement privé sous contrat, 140 000. La France consacre environ 5,40 % de son PIB à l’éducation et se place parmi les pays au-dessus des moyennes européennes (4,25 % à 4,40 %), contre 4,40 % du PIB en Allemagne. En 2019, la taille moyenne des classes dans l’enseignement public était de 20,9 élèves en Allemagne contre 22,3 en France. La différence de niveau des dépenses d’éducation en Allemagne est due aux coûts de structures, aux dépenses administratives ainsi qu’aux coûts auxiliaires plus élevés en France qu’en Allemagne.

En France, il y a environ 12 millions d’élèves contre 8,38 millions en Allemagne, ce qui fait 197 élèves par établissement en moyenne en France contre 257 en Allemagne. La faible densité d’élèves par établissement renvoie à des coûts d’entretien, de maintenance, de personnel et de gardiennage plus élevés. En France au collège, il y a en moyenne 25 élèves par classe contre 21 en Europe5.

La Suède est le pays qui consacre la part la plus grande de son PIB à l’éducation : 6,8 %. La Finlande, l’Islande, la Belgique et le Danemark dépassent également les 6 %. La Roumanie et la Grèce sont en bas du classement avec respectivement 2,97 % et 3,33 % du PIB (moyenne européenne 4,65 %). Bien évidemment, dépenser davantage ne garantit pas de meilleurs résultats. Les pays européens qui investissent le plus dans l’éducation ne sont pas systématiquement ceux où les compétences de base sont plus solides. Près de 3 élèves sur 10 dans l’Union Européenne n’atteignent pas le niveau de base en mathématiques. Un fossé économique important a été mis en lumière dans le rapport PISA 2022. 48 % des élèves de l’Union Européenne issus du quart le moins favorisé présentent des performances insuffisantes en mathématiques contre 11 % parmi ceux du quart le plus favorisé. Les comparaisons entre pays diffèrent, la réussite dépendra non seulement du niveau de dépenses publiques mais aussi de la manière dont les fonds sont alloués et de leur impact réel sur les apprentissages, explique Doloresz Katanich6.

Le Pacte enseignant

Un engagement volontaire des enseignants et des CPE (Conseiller Principal d’Éducation) pour réaliser des missions complémentaires rémunérées par le biais d’une part fonctionnelle ou « brique » de l’ISOE (Indemnité de Suivi et d’Orientation des Élèves) ou de l’ISAE (Indemnité de Suivi et d’Accompagnement des Élèves) fixée à 1 250 euros bruts par an, appelé Pacte enseignant a été mis en place en 2023. De nombreux enseignants l’ont refusé car il conditionne une augmentation de salaire à un engagement à travailler plus plutôt qu’à valoriser le salaire de base de tous les fonctionnaires avec cet adage « Travailler plus pour gagner plus ». La charge de travail est alourdie, l’individualisation de la rémunération par des primes et des missions spécifiques fragilise la cohésion des équipes pédagogiques en créant des inégalités professionnelles et salariales, notamment entre femmes et hommes. Une perte de la liberté pédagogique avec l’obligation de réaliser des missions imposées ou des remplacements de courte durée à la demande de la hiérarchie, porte atteinte au statut d’indépendance des enseignants de catégorie A7, les rendant corvéables à merci. La rémunération de 1 250 euros bruts par an n’est pas comptabilisée dans la retraite.

Quel avenir pour la jeunesse ?

L’inquiétude des lycéens, les revendications sur leurs conditions scolaires (locaux vétustes, non remplacement d’enseignants absents, classes surchargées, etc.) ne sont pas à prendre à la légère. Il y a un réel malaise dans la société française actuellement et chez les jeunes en particulier : quel avenir pour eux ? Entre les appels à la guerre contre la Russie, les annonces anxiogènes perpétuelles sur le climat, l’inflation, le chômage, diplôme ou non en poche, etc., un malaise social grandissant frappe plus particulièrement les jeunes dont l’avenir est plus qu’incertain, la crise du Covid-19 étant passée par là avec tous les traumatismes qu’elle a pu engendrer, quand ce ne sont pas les dégâts physiques et psychologiques.

 Aujourd’hui, l’ascenseur social que représentait l’école est bloqué, il ne fonctionne plus… Autrefois, un fils d’ouvrier ou d’artisan, de milieu modeste parfois d’origine étrangère, pouvait grâce à l’école républicaine, changer sa condition sociale, augmenter ses revenus, accéder à une vie meilleure. En une seule génération, il ou elle réalisait le rêve de ses parents. Ce n’est plus le cas, c’est même l’inverse : le déclassement social touche les classes moyennes dans leur ensemble, générant dans la population désabusement et déception mêlés à une peur de l’avenir.

Avoir vingt-trente ans aujourd’hui n’est pas des plus simples, se projeter dans un futur qu’on a du mal à entrevoir, vouloir construire, faire quelque chose de sa vie, devient très compliqué. La dite « Intelligence » Artificielle, IA censée « améliorer » la vie des gens, va faire son lot de laissés pour compte qui ne pourront pas prendre le train en marche en admettant qu’il y en ait un à prendre… Des métiers vont disparaître mais je ne suis pas sûre que d’autres vont apparaître pour autant. Les robots vont envahir notre univers quotidien et se charger des corvées et tâches ingrates ou laborieuses à la place des humains, bien plus vite, bien mieux et à un coût nettement moindre. D’ici peu avant de publier un article ou un livre, il va falloir le certifier « 100 % fabrication maison », un peu comme le label bio face aux OGM…

Sans surprise, la baisse drastique depuis des années du budget de l’Éducation Nationale et des services publics dans leur ensemble, tandis que celui de la défense ne cesse d’augmenter avec des milliards versés depuis plus de quatre ans à l’Ukraine pour entretenir une guerre  absurde, ne peut qu’attiser les mécontentements.

Aussi, les querelles politiciennes, à savoir qui va récupérer le mouvement si jamais il s’amplifie, me paraissent dérisoires, à côté de la plaque… Il vaudrait mieux écouter les lycéens et les enseignants en colère, les prendre au sérieux car ils représentent une lame de fond de grogne générale qui n’ira qu’en s’aggravant. L’avenir dépend des jeunes de ce pays et non pas de vieux briscards de la politique, hommes ou femmes, la plupart en mal de publicité et effrayants d’incompétence. Et le virage très inquiétant du pays à l’extrême-droite ne sera en aucun cas la solution, contrairement à ce que beaucoup de naïfs pensent ou espèrent…

1 : « Blocus de lycées franciliens : la mobilisation s’étend dans la banlieue de Paris », Le Monde avec AFP, 25 septembre 2026.

2 : Bastien Charret, « Grève du 29 septembre : les principales revendications des syndicats de l’Éducation Nationale », VousNousIls l’e-mag de l’éducation, 28 septembre 2026.

3 : Marie-Chritine Caraty, présidente de la fédération CFE-CGC des services publics, « Mobilisation du 29 septembre : les revendications du secteur public », CFE-CGC, 24 septembre 2026.

4 : François Jarraud, « Éducation : suppression de postes et fin du Pacte en 2027 ? », Blog Mediapart, 21 septembre 2026.

5 : Rapport d’Information n° 649 (2021-2022), « Comparaison européenne des conditions de travail et rémunération des enseignants », La Galaxie Sénat, 8 juin 2022.

6 : Doloresz Katanich, « Quels pays européens dépensent le plus pour l’éducation et, est-ce rentable ? », Euronews, 20 août 2026.

7 : SNES-FSU, « Pacte : 10 raisons de le refuser », 16 juin 2023.

     © Bettina Flores, 29 septembre 2026.

Bettina Flores
Contributeur de la Tribune Populaire. Retrouvez ses autres publications sur sa page auteur.

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