Adenauer et Karamanlis ont protégé le bourreau nazi de Salonique.

Adenauer (au centre) et Karamanlis (à droite) .

Max Merten dirigea l’administration militaire nazie à Salonique (Thessalonique) de 1941 à 1944, jouant un rôle central dans la déportation des Juifs et la répression des partisans grecs. Juriste allemand né en 1911, il est arrivé en Grèce en 1942 et impose une politique de terreur méthodique. Son arrestation en 1957 à Athènes, lors d’un voyage touristique, révéla l’ampleur de ses crimes et déclencha un scandale international.

Rôle dans la déportation des juifs

Juifs de Salonique rassemblés avant d’être déportés vers Auschwitz.

Salonique comptait alors environ 50 000 Juifs, une communauté séfarade dynamique. Merten organise leur spoliation systématique : recensement obligatoire, confiscation des biens immobiliers et commerciaux, et collaboration avec les notables grecs pour légitimer ces mesures. En février 1943, les experts SS Dieter Wisliceny et Alois Brunner débarquèrent ; dès mars, les premiers convois partent vers Auschwitz, déportant 96% de la population juive en quelques mois. Merten cultiva des relations cordiales avec le délégué du CICR, René Burckhardt, et les autorités locales, masquant les exactions sous un vernis humanitaire.

Déportés juifs et politiques à Salonique avant l’envoi à Auschwitz.

Répression sanglante des partisans

Simultanément, Merten mène une lutte impitoyable contre les guérillas communistes (ELAS) et nationalistes (EDES) en Macédoine grecque. Son administration ordonna des exécutions massives, des rafles et des déportations vers des camps comme celui de Kavala. Des milliers de civils et résistants furent fusillés ou envoyés en Allemagne pour le travail forcé, dans le cadre de la « Liste de Bamberg » qui visitait les intellectuels et militants. Cette brutalité, alliée à une diplomatie habile, asura un contrôle nazi ferme jusqu’en 1944.

La division de chasseurs alpins Edelweiss, ayant perpétré de nombreux massacres de supposés soutiens des partisans.

Arrestation en 1957 à Athènes

Après la guerre, Merten échappa à la dénazification sérieuse et occupa un poste au ministère de la Justice ouest-allemand dès 1952. Le 24 mai 1957, lors d’un séjour en Grèce pour témoigner au procès de son traducteur et sous couvert de tourisme, il fut identifié et arrêté à son hôtel par la police grecque. Surnommé le « bourreau de Thessalonique », il fut incarcéré malgré la protestation de l’ambassade allemande, qui avait pourtant garanti son immunité.

Max Merten en 1957.

Procès et condamnation

Le procès s’ouvre en février 1959 devant la cour spéciale d’Athènes. Accusé de crimes de guerre, y compris massacres et déportations, Merten nia toute responsabilité personnelle. Le tribunal refusa aux survivants juifs le statut des plaignants, craignant un « procès-spectacle ». Le 8 mars 1959, il fut condamné à 25 ans de réclusion à vie, peine plus lourde que les réquisitions du parquet.

Max Merten à son procès.

Les causes politiques de la libération de Merten

Karamanlis.

Merten ne purgea que 2 ans et demi, préventive incluse. Un décret-loi n°4016 du 30 novembre 1959, surnommé « loi Merten », l’amnistie et autorisa son extradition vers Bonn en février 1960. Cette clémence résulte de pressions politiques intenses : l’Allemagne d’Adenauer négociait avec la Grèce de Karamanlis des aides économiques, des armes et des réparations de guerre. Athènes redoutait que Merten ne révèle les collaborations locales avec les nazis, impliquant des élites politiques et ecclésiastiques dont des membres de la famille Karamanlis. Après sa libération, il usa de la presse (Der Spiegel, 1960) pour faire pression et obtenir 100 000 dollars d’indemnités en échange de son silence, protégeant ainsi complices grecs et criminels nazis.

Document déclassifié sur le chantage envers le Spiegel.

Cette affaire illustre l’impunité post-1945, forgée par la realpolitik de la Guerre froide. Merten mourut en 1971 en RFA, pensionné de l’État, tandis que les victimes juives grecques subirent un déni de justice.

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