Affaire Athanor : entre manipulation et mythomanie, le procès dévoile les zones d’ombre de ses exécutants

Le procès de l’affaire Athanor, du nom de cette mystérieuse officine maçonnique impliquée dans plusieurs crimes graves, a connu une semaine décisive devant la cour d’assises de Paris. Les débats se sont concentrés sur deux figures présentées comme des exécutants clés : Sébastien Leroy, impliqué dans le meurtre de Pasquali et une tentative d’assassinat en 2020, et Pierre Bourdin, ancien militaire de la DGSE dont le profil « mythomane » a déconcerté la cour.


Sébastien Leroy : un exécutant qui pensait servir la nation

Sébastien Leroy est présenté par l’accusation comme un rouage majeur de l’organisation. Il est mis en cause dans le meurtre de Pasquali ainsi que dans la tentative d’assassinat de 2020.

Sa ligne de défense repose sur un argument troublant : il affirme avoir agi en pensant servir les « intérêts supérieurs de la nation », convaincu d’exécuter des missions légitimes. Selon ses avocats, Leroy aurait été manipulé par les têtes pensantes d’Athanor, qui auraient exploité son profil et ses convictions pour l’entraîner dans des actes criminels qu’il croyait justifiés.

Cette stratégie pose une question centrale au procès : jusqu’où la manipulation peut-elle atténuer la responsabilité pénale d’un accusé ?


Pierre Bourdin : le « mythomane » qui se rêvait agent secret

L’audience de mardi a été marquée par l’examen minutieux de la personnalité de Pierre Bourdin, ancien caporal de 34 ans, arrêté en juillet 2020 dans une Clio noire volée alors qu’il s’apprêtait à assassiner une coach en entreprise.

En garde à vue, Bourdin affirme être en mission « homo » (pour homicide), chargé d’éliminer un agent du Mossad. Une version spectaculaire que l’enquête de personnalité a rapidement mise à mal, révélant une forte propension aux mensonges.

Un parcours marqué par les échecs et les fabulations

Au moment des faits, Bourdin était affecté à la sécurité de la base de Cercottes (Loiret), une installation stratégique rattachée au service Action de la DGSE. Il occupait un poste de garde-barrière — loin des missions opérationnelles qu’il prétendait mener.

« C’est le graal quand vous entrez à la DGSE », explique-t-il à la barre, reconnaissant que « la partie opérationnelle » l’attirait, lui qui aspirait à « autre chose » que passer ses journées « devant des caméras ».

Problème : le caporal avait essuyé plusieurs échecs aux formations internes et n’était jamais parvenu à atteindre le grade d’officier. Cela ne l’empêchait pas de raconter à sa belle-sœur des « anecdotes » sur ses prétendues opérations à l’étranger, la laissant croire qu’il était un commando engagé dans des missions sensibles.

Un lieutenant-colonel de la base le décrit comme « sportif, instruit, curieux », mais aussi « peu intelligent, prétentieux et mythomane ».

« Vous pouvez mentir sans être menteur »

L’échange avec l’avocat général a donné lieu à un moment révélateur :

— « Ça vous arrive de mentir ? » — « Évidemment, comme tout le monde. Vous pouvez mentir sans être menteur », répond Bourdin, qui reconnaît du bout des lèvres « quelques conneries ». — « C’est le cœur du dossier, on vous taxe d’être mythomane et manipulateur », insiste l’avocat général.

En prison, un « tueur à gages » sous protection médiatique ?

D’après un ancien codétenu, Bourdin se faisait passer auprès des autres prisonniers pour un « tueur à gages ». Plus troublant encore, il aurait affirmé être protégé par les médias du groupe Bolloré :

« Il n’écrira rien sur moi, je le connais personnellement, il me doit un petit service. »


Un procès au cœur des manipulations

L’affaire Athanor met en lumière l’existence d’un réseau criminel structuré, organisé autour d’une loge maçonnique basée à Puteaux, et impliquant des profils variés : anciens policiers, militaires, agents de sécurité et entrepreneurs. Selon l’enquête, cette officine ne relevait en rien d’une mission d’État, mais fonctionnait comme une entreprise clandestine de prestations illégales, allant de la surveillance à l’intimidation, jusqu’à l’assassinat.

Le fonctionnement reposait sur une chaîne de commandement claire : des commanditaires (notamment autour de Frédéric Vaglio et Daniel Beaulieu) formulaient des « missions », ensuite transmises à des intermédiaires comme Sébastien Leroy, puis exécutées par des profils plus subalternes comme Pierre Bourdin.

Un élément central du dossier est l’usage systématique de fausses justifications liées au renseignement. Plusieurs exécutants ont été convaincus — ou ont affirmé l’être — d’agir pour la DGSE ou dans le cadre d’opérations sensibles, alors que ces récits étaient entièrement fabriqués pour les motiver.

Les faits reprochés sont graves et multiples :

  • un assassinat (notamment celui du pilote Laurent Pasquali en 2018),
  • plusieurs tentatives de meurtre,
  • des opérations d’intimidation et de surveillance,
  • des activités assimilables à du banditisme organisé.

Au total, 22 personnes sont jugées devant la cour d’assises de Paris, certaines risquant la réclusion criminelle à perpétuité.

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