Affaire Athanor : quand réseaux maçonniques, anciens espions et “raison d’État” basculent dans le crime

Paris, 2026 — Derrière le vernis discret des réseaux d’influence et des fraternités initiatiques, l’affaire Athanor fait voler en éclats une illusion tenace : celle d’une frontière étanche entre pouvoir, renseignement et violence clandestine. À partir du 31 mars, la cour d’assises spéciale de Paris jugera 22 accusés dans un dossier où se croisent francs-maçons, ex-agents de la DGSE/DGSI et commanditaires issus de milieux aisés. Une affaire qui dérange — parce qu’elle ressemble moins à une anomalie qu’à un symptôme.

Une “fraternité” devenue centrale de sous-traitance criminelle

Tout commence dans une loge maçonnique des Hauts-de-Seine : Athanor. Officiellement, un espace de réflexion et de sociabilité. Officieusement, selon l’accusation, une plateforme de mise en relation entre élites et hommes d’action.

Deux figures dominent ce système : un ancien journaliste et un ex-policier du renseignement. Leur rôle ? Identifier des “problèmes” — dettes, conflits, rivalités économiques ou syndicales — puis proposer des “solutions”. Pas juridiques. Pas politiques. Violentes.

Le plus troublant reste le profil des exécutants : anciens ou actuels membres des services de renseignement. Des hommes formés par l’État, rompus aux opérations sensibles, capables de surveiller, infiltrer… et frapper.

Certains affirment avoir agi en croyant servir une cause supérieure. Une formule revient : la raison d’État. Mais ici, elle semble surtout avoir servi de paravent à des intérêts privés.

Des faits qui relèvent du grand banditisme… avec des moyens d’État

L’affaire n’est pas théorique. Elle est sanglante.

En 2018, le pilote automobile Laurent Pasquali est assassiné. Une exécution liée à des dettes. Rien d’idéologique. Juste une liquidation.

En juillet 2020, à Créteil, un commando tente d’abattre un coach sportif également syndicaliste. L’opération échoue. Mais surtout, elle dérape : l’arrestation des exécutants — liés à la DGSE — déclenche une enquête en cascade.

Les juges découvrent alors un projet encore plus explosif : l’assassinat d’un syndicaliste de la CGT dans l’Ain. Là, on bascule clairement dans une logique politique ou sociale. On ne règle plus des comptes privés : on neutralise des acteurs perçus comme gênants.

Franc-maçonnerie : bouc émissaire ou angle mort ?

Soyons clairs : la franc-maçonnerie dans son ensemble n’est pas jugée dans ce procès. L’obédience concernée a d’ailleurs dissous la loge Athanor en 2021 et condamné des dérives individuelles.

Mais ignorer le rôle des réseaux serait naïf.

La franc-maçonnerie fonctionne — entre autres — sur la confiance, la cooptation et la discrétion. Des qualités qui, détournées, peuvent faciliter des systèmes opaques. Dans l’affaire Athanor, la loge aurait servi de point de rencontre sécurisé entre personnes partageant des intérêts… et prêtes à franchir certaines limites.

Le fantasme dangereux de la “raison d’État”

C’est peut-être le point le plus inquiétant. Des exécutants affirment avoir cru participer à des opérations légitimes. Comme si la violence pouvait être justifiée dès lors qu’elle s’inscrit dans une mission floue, supérieure, non questionnée. Ce glissement est connu des historiens du renseignement : quand les agents internalisent l’idée qu’ils agissent pour un bien supérieur, les garde-fous sautent. Dans Athanor, cette logique semble avoir été récupérée… pour des intérêts privés. On ne protège plus l’État : on protège des clients.

Le procès qui s’ouvre va tenter de répondre à une question essentielle : s’agit-il d’une dérive isolée ou d’un modèle plus répandu qu’on ne veut l’admettre ?

Car derrière les 22 accusés, une inquiétude persiste : combien d’autres réseaux hybrides — mélange de relations, d’anciens agents et d’intérêts économiques — existent sans jamais être exposés ?

LES FAITS DANS CETTE HISTOIRE :

1. 2018 : l’assassinat de Laurent Pasquali

C’est le crime le plus abouti du dossier.

Le pilote automobile disparaît en octobre 2018. Son corps ne sera retrouvé que plus tard, enterré. L’enquête établit rapidement qu’il ne s’agit pas d’une disparition volontaire mais d’une exécution.

Ce que reproche l’accusation :

  • Un contrat aurait été passé en raison de dettes importantes.
  • La cible aurait été piégée et attirée dans un lieu isolé.
  • L’exécution aurait été réalisée par des hommes organisés, capables d’effacer les traces (transport du corps, dissimulation).

On est loin d’un crime improvisé : tout indique une opération planifiée, avec repérages, logistique et chaîne de décision.


2. Juillet 2020 : tentative de meurtre à Créteil — l’opération qui fait tout basculer

Deux ans plus tard, une nouvelle opération est lancée. Cette fois, elle échoue — et c’est ce raté qui va révéler toute l’affaire.

La cible :

  • Un coach sportif
  • Également impliqué dans des activités syndicales

Le scénario selon l’enquête :

  • Mise en place d’une surveillance préalable
  • Déploiement d’un commando structuré
  • Tentative d’exécution en pleine zone urbaine

Mais rien ne se passe comme prévu. L’opération dérape, et surtout, plusieurs membres du groupe sont interpellés rapidement.

C’est là que l’affaire change de dimension.

Parmi les suspects arrêtés, certains profils interpellent immédiatement :

  • anciens militaires
  • individus liés à la Direction générale de la sécurité extérieure
  • compétences en filature, logistique, coordination

Ce n’est plus un simple règlement de comptes : c’est une opération menée avec des méthodes professionnelles.


3. Un projet d’assassinat dans l’Ain : la cible syndicale

En exploitant les téléphones, les communications et les relations des suspects, les juges découvrent un troisième volet.

Un projet en préparation :

  • Cible : un syndicaliste de la CGT dans l’Ain
  • Stade : repérages et planification avancée

Les éléments évoquent :

  • identification précise de la cible
  • collecte d’informations sur ses habitudes
  • réflexion sur le mode opératoire

Ce point est central, car il montre que le groupe ne se limitait pas à des affaires privées. Il pouvait aussi viser des profils liés à des conflits sociaux.


4. Une organisation en chaîne : commanditaires, intermédiaires, exécutants

Ce qui frappe dans le dossier, ce n’est pas seulement la gravité des actes, mais leur structure.

Les enquêteurs décrivent une organisation en trois niveaux :

● Les commanditaires

Des personnes disposant de moyens financiers, cherchant à “régler” un problème : dettes, rivalité, conflit.

● Les intermédiaires

Au cœur du système :

  • un ex-journaliste
  • un ancien policier du renseignement

Ils auraient :

  • sélectionné les cibles
  • évalué la “faisabilité”
  • recruté les équipes

● Les exécutants

Des profils atypiques :

  • anciens agents du renseignement
  • ex-militaires
  • spécialistes de la surveillance et des opérations discrètes

Leur valeur ajoutée : savoir agir sans laisser de traces.

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