
La Phalange Africaine fut une unité de supplétifs composée majoritairement de Français d’Afrique du Nord (Pieds-Noirs) créée à l’initiative du gouvernement de Vichy en novembre 1942 pour combattre les forces alliées débarquées durant la campagne de Tunisie, en soutien aux troupes nazies et italiennes.
Origines et création
Face au débarquement allié au Maroc et en Algérie, le régime de Vichy chercha à prouver sa loyauté à l’Axe par la mise sur pied d’une force regroupant volontaires coloniaux et collaborationnistes. Sur fond de rhétorique nationaliste lancée par des figures comme Jacques Doriot et Joseph Darnand, la création d’une « Légion impériale » fut ardemment réclamée, mais la réalité fut bien plus modeste : sous pression allemande, seule une force symbolique put se constituer.
Reconnaissance administrative difficile, effectifs limités à une poignée d’officiers et quelques centaines d’hommes, la Phalange Africaine fut officiellement intégrée à la Légion des Volontaires Français (LVF) en mai 1943, conférant à ses membres le statut de combattants pour le Reich.

Organisation, chefs et état-major
La formation, forte de 300 Français et 150 autochtones, s’établit principalement à Tunis, avec un dépôt de recrutement au quartier Faidherbe. Son chef le plus marquant fut le Lieutenant-colonel Pierre-Simon Cristofini. Blessé en janvier 1943, rapatrié en Sicile puis arrêté par les forces gaullistes, Christofini fut condamné à mort, tenta de se suicider et fut finalement fusillé le 3 mai 1944. D’autres officiers comme le général Edgar Puaud et Henry Charbonneau, impliqués dans l’organisation et l’encadrement, furent ensuite jugés pour collaboration.

Les hommes les plus valides furent regroupés dans la compagnie « Franconia » (Französische Freiwilligen Legion). En opération, la Phalange Africaine fut rattachée au 2e bataillon du 754e régiment d’infanterie de la Wehrmacht à la 334e division allemande.

Engagements militaires
Déployée autour de Tunis dès janvier 1943, cette unité participa aux ultimes combats face à la 8e armée britannique, subissant de lourdes pertes (100 morts pour briser l’encerclement). Malgré des actions parfois saluées par l’état-major allemand (7 Croix de Fer attribuées à ses membres), le destin militaire de la Phalange fut celui d’une unité en reflux permanent, la débâcle rapide entraînant démobilisation puis dispersion.
Destin à la fin de la guerre
Après la défaite de l’Axe en Afrique du Nord, les survivants furent rassemblés à Tunis et libérés de leurs obligations militaires le 8 mai 1943. Les officiers rentrés en France furent célébrés par le régime de Vichy, tandis que les phalangistes restés en Tunisie furent, pour la plupart, jugés sévèrement par les autorités françaises libres : condamnations aux travaux forcés, fusillades (un vingtaine exécutés), quelques-uns intégrant la Résistance par la suite. Les derniers condamnés sortirent du bagne de Lambèse en 1953.

Parmi les principaux chefs, Henry Charbonneau fut condamné à 10 ans de travaux forcés, tandis que le sous-lieutenant Marcel Bertrand, condamné puis amnistié, mourut en Allemagne, prisonnier.
Héritage et perceptions
La Phalange Africaine demeure un épisode marginal mais symbolique du collaborationnisme colonial durant la Seconde Guerre mondiale, révélant l’ambivalence et la complexité des allégeances en Afrique du Nord, entre velléités de fidélité vichyste et aspirations contradictoires des populations locales. Elle ne doit pas être confondue avec la Légion nord-africaine ou brigade Lafont-Maadi , créée ultérieurement dans la métropole.
« cf notre précédent article » https://tribunepopulaire.com/mohammed-el-maadi-et-la-brigade-nord-africaine/
Son histoire illustre la volonté de Vichy de conserver une emprise coloniale tout en jouant la carte allemande, au prix du sacrifice de quelques centaines d’hommes dont le destin fut, dans la majorité des cas, tragique face à la déroute finale du nazisme sur le continent africain.