{"id":2237,"date":"2025-11-21T17:31:33","date_gmt":"2025-11-21T16:31:33","guid":{"rendered":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/?p=2237"},"modified":"2025-11-24T17:16:54","modified_gmt":"2025-11-24T16:16:54","slug":"une-page-culturelle-des-deux-procureurs-a-la-disparition-de-joseph-mengele-entre-totalitarisme-et-dictature","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/?p=2237","title":{"rendered":"Une page culturelle : Des \u00ab\u00a0Deux Procureurs\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0La Disparition de Joseph Mengele\u00a0\u00bb, entre totalitarisme et dictature"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"622\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Une-femme-a-Berlin-couverture-622x1024.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-2248\" style=\"width:372px\" srcset=\"https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Une-femme-a-Berlin-couverture-622x1024.webp 622w, https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Une-femme-a-Berlin-couverture-182x300.webp 182w, https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Une-femme-a-Berlin-couverture-768x1265.webp 768w, https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Une-femme-a-Berlin-couverture.webp 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 622px) 100vw, 622px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Deux Procureurs, <\/strong><em><strong>Sergei Loznitsa, <\/strong><\/em><em><strong>2025 <\/strong><\/em><em><strong>(<\/strong><\/em><em><strong>1h46)<\/strong><\/em><\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Deux-Procureurs-film-1-768x1024.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-2250\" style=\"width:372px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Deux-Procureurs-film-1-768x1024.webp 768w, https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Deux-Procureurs-film-1-225x300.webp 225w, https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Deux-Procureurs-film-1.webp 810w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1937, Union Sovi\u00e9tique, des milliers de lettres de d\u00e9tenus accus\u00e9s \u00e0 tort par le r\u00e9gime sont br\u00fbl\u00e9es dans une cellule de prison. L\u2019une d\u2019elle contre toute attente arrive \u00e0 destination sur le bureau du procureur local fra\u00eechement nomm\u00e9, Alexander Kornev. Il d\u00e9cide de rencontrer le prisonnier, victime du NKDV, la police secr\u00e8te. Bolch\u00e9vique convaincu et int\u00e8gre, le jeune procureur croit \u00e0 un dysfonctionnement. Sa qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 le m\u00e8nera jusqu\u2019au bureau du procureur g\u00e9n\u00e9ral de Moscou. En pleines purges staliniennes, c\u2019est le destin d\u2019un jeune homme id\u00e9aliste qui se fait broyer par la machine totalitaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le film s\u2019ouvre sur la prison d\u2019une localit\u00e9 de province o\u00f9 Alexander demande une audience au directeur pour rencontrer le d\u00e9tenu politique dont le mot, faute de crayon, avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crit sur un carton avec un clou et son propre sang. Arriv\u00e9 \u00e0 8h30 du matin, apr\u00e8s que le directeur l\u2019ait d\u00e9courag\u00e9 en lui disant que le prisonnier \u00e9tait dans l\u2019aile ultra s\u00e9curis\u00e9e et interdite de la prison, soi-disant malade, contagieux, dangereux et l\u2019avoir fait attendre la journ\u00e9e enti\u00e8re, il finit par rencontrer le vieux Bolch\u00e9vique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une longue s\u00e9quence dans le d\u00e9dale des couloirs \u00e0 la longueur interminable sur plusieurs \u00e9tages avec de nombreux <em>check points<\/em> gard\u00e9s par des hommes arm\u00e9s, des grilles de fer au-dessus des escaliers pour ne pas que les d\u00e9tenus sautent dans le vide, se d\u00e9roule sous le regard du spectateur pris par un sentiment d\u2019oppression tr\u00e8s kafka\u00efen. Le procureur acc\u00e8de enfin \u00e0 la cellule du prisonnier qui lui montre ses nombreuses blessures dues aux tortures qu\u2019on lui a inflig\u00e9es. Tr\u00e8s affaibli, il n\u2019attend pas grand-chose de sa rencontre avec lui si ce n\u2019est que la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9clate. Des innocents, de loyaux anciens r\u00e9volutionnaires fid\u00e8les au r\u00e9gime sont emprisonn\u00e9s, tortur\u00e9s, tu\u00e9s quel que soit leur rang ou leur statut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alexander part sans pr\u00e9venir sa hi\u00e9rarchie pour Moscou afin d\u2019avoir une audience aupr\u00e8s du procureur g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019il veut informer. Celui-ci l\u2019\u00e9coute poliment. En bon bureaucrate stalinien, il lui demande un compte-rendu \u00e9crit des faits. Apparemment bien dispos\u00e9, il lui envoie un chauffeur pour l\u2019emmener \u00e0 la gare et lui paye le billet de train de retour. La suite pour le jeune procureur semble in\u00e9vitable, pressentie d\u00e8s le d\u00e9but du film, quand la derni\u00e8re s\u00e9quence se referme sur la porte de la prison qu\u2019il avait visit\u00e9e o\u00f9 l\u2019emm\u00e8nent deux soi-disant ing\u00e9nieurs, des agents du NKDV, rencontr\u00e9s dans le train. Le r\u00e9alisateur laisse imaginer au spectateur la fin tragique du procureur avec un faux proc\u00e8s exp\u00e9ditif, une condamnation \u00e0 mort pour trahison, dans le meilleur des cas la d\u00e9portation au goulag \u00e0 vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Joseph Staline r\u00e8gne \u00e0 cette \u00e9poque en ma\u00eetre absolu sur la f\u00e9d\u00e9ration de l\u2019Union sovi\u00e9tique depuis le d\u00e9c\u00e8s de L\u00e9nine, le 21 janvier 1924. M\u00eame sa garde rapproch\u00e9e, ses lieutenants \u00e0 son service dont d\u2019anciens camarades de la R\u00e9volution, tombent les uns apr\u00e8s les autres dans un climat de terreur effroyable. Peu en r\u00e9chappent dont certains meurent sous la torture de crise cardiaque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 sa mort en mars 1953, un espoir de d\u00e9mocratie traverse le pays quand Nikita Khrouchtchev prend le pouvoir, vite d\u00e9\u00e7u. Il faudra attendre presque quarante ans avant que le r\u00e9gime ne s\u2019effondre, un des plus criminels au monde. Vingt-quatre millions de Sovi\u00e9tiques ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9s dans les goulags en Sib\u00e9rie dont la plupart n\u2019est jamais revenue. Des famines orchestr\u00e9es par Staline ont fait des millions de morts en Ukraine et dans le Caucase. Les paysans ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs terres au nom du collectivisme. Exil\u00e9s dans les villes pour faire tourner les usines, la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e interdite, ils vivaient dans des habitats collectifs o\u00f9 la d\u00e9lation \u00e9tait la r\u00e8gle. Des agents du KGB (anciennement NKDV) infiltr\u00e9s surveillaient les colocataires, les \u00e9piant, \u00e9coutant leurs conversations, observant tous leurs faits et gestes, ce qu\u2019ils mangeaient, quels journaux ils lisaient, quelle musique, quelle radio ils \u00e9coutaient, qui ils recevaient chez eux, avec qui ils passaient la nuit\u2026 Il \u00e9tait interdit de se d\u00e9placer d\u2019une r\u00e9gion \u00e0 l\u2019autre sans autorisation administrative, sans passeport int\u00e9rieur. N\u2019importe qui pouvait \u00eatre mis sur \u00e9coutes t\u00e9l\u00e9phoniques, fil\u00e9, d\u00e9nonc\u00e9, arr\u00eat\u00e9, de faux aveux extorqu\u00e9s sous la torture, intern\u00e9 en h\u00f4pital psychiatrique, d\u00e9port\u00e9 au goulag ou tu\u00e9. C\u2019\u00e9tait le cas \u00e9galement en Allemagne de l\u2019Est avec la Stasi qui terrorisait les populations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le compositeur Dimitri Chostakovitch (1906-1975) raconte dans un recueil de ses m\u00e9moires<sup>1<\/sup> publi\u00e9 en 1980 \u2013 Staline le d\u00e9testait, il ne comprenait rien \u00e0 sa musique \u2013 qu\u2019il vivait dans la crainte perp\u00e9tuelle d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, comme l\u2019avait \u00e9t\u00e9 nombre de ses amis compositeurs et artistes qui n\u2019avaient pas eu la chance d\u2019\u00eatre connus mondialement comme lui. Il avait toujours une valise pr\u00e8s de la porte d\u2019entr\u00e9e pr\u00eate \u00e0 emporter quand la police politique viendrait le chercher au petit matin, situation qui a dur\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin de ses jours. Il n\u2019avait eu la vie sauve que gr\u00e2ce \u00e0 sa renomm\u00e9e internationale contre laquelle le chef du Kremlin et les <em>apparatchiks<\/em> du parti n\u2019avaient rien pu faire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La Disparition de Joseph Mengele,<\/strong><em><strong> Kirill Serebrennikov, 2025 <\/strong><strong>(<\/strong><strong>2h16)<\/strong><\/em><\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"350\" height=\"477\" src=\"https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-disparition-de-Joseph-Mengele-film.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2251\" style=\"aspect-ratio:0.6069802731411229;object-fit:cover;width:372px\" srcset=\"https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-disparition-de-Joseph-Mengele-film.jpg 350w, https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-disparition-de-Joseph-Mengele-film-220x300.jpg 220w\" sizes=\"auto, (max-width: 350px) 100vw, 350px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1977, Rolf, trente-trois ans, le fils de Joseph Mengele, d\u00e9barque au Br\u00e9sil \u00e0 la recherche de son p\u00e8re. Il finit par le retrouver dans un village o\u00f9 \u00e2g\u00e9, il vit seul, en mauvaise sant\u00e9. Un dialogue de sourds s\u2019instaure entre le p\u00e8re et le fils. Rolf ne cesse de lui demander pourquoi il est all\u00e9 \u00e0 Auschwitz, s\u2019il a tortur\u00e9 des gens, quelles exp\u00e9rimentations il a men\u00e9es sur les d\u00e9port\u00e9s&nbsp;? Le m\u00e9decin nazi lui r\u00e9pond invariablement qu\u2019il n\u2019a fait que son devoir, fid\u00e8le au F\u00fchrer, qu\u2019il a travaill\u00e9 au service de la nation allemande, pour la science, que les d\u00e9tenus de toute fa\u00e7on seraient morts t\u00f4t ou tard&#8230; Aucun remord, aucune culpabilit\u00e9 ne l\u2019effleure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le film aux trois quarts en noir et blanc fait plusieurs retours en arri\u00e8re sur la fuite de Mengele en Am\u00e9rique latine, apr\u00e8s qu\u2019il ait quitt\u00e9 l\u2019Europe en 1949 pour Buenos Aires. En 1956, il obtient un permis de s\u00e9jour argentin et sous son vrai nom part en Allemagne dans sa famille en Bavi\u00e8re o\u00f9 son p\u00e8re Karl, ancien nazi, conseiller municipal de G\u00fcnzburg, a une manufacture de machines agricoles. Il lui propose de travailler avec lui et son fr\u00e8re en lui expliquant que la d\u00e9nazification a eu lieu, qu\u2019il n\u2019y a plus rien \u00e0 craindre du pass\u00e9. Toute la ville vit gr\u00e2ce \u00e0 eux. M\u00e9fiant, sans doute l\u2019esprit pas tr\u00e8s tranquille, il refuse et repart en Argentine. Il ne reviendra plus jamais en Europe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Martha sa belle-s\u0153ur, veuve avec un enfant, part avec lui o\u00f9 ils se marieront en Uruguay en 1958 qui sera l\u2019occasion d\u2019une grande f\u00eate avec ses amis nazis fugitifs comme lui. Les premi\u00e8res ann\u00e9es de sa cavale se passent sans encombres mis \u00e0 part quand il est interrog\u00e9 en 1958 par la police pour avoir avoir exerc\u00e9 ill\u00e9galement la m\u00e9decine et pratiqu\u00e9 des avortements clandestins \u00e0 Buenos Aires. Il s\u2019en sort en versant un pot-de-vin au policier. En 1960, l\u2019\u00e9tau se resserre quand Adolf Eichmann est enlev\u00e9 par le <em>Mossad<\/em> pour \u00eatre jug\u00e9 \u00e0 J\u00e9rusalem. Il s\u2019installe d\u2019abord au Paraguay, puis dans une ferme au Br\u00e9sil chez un couple d\u2019expatri\u00e9s hongrois avec leurs deux enfants. Sa femme, lasse de d\u00e9m\u00e9nager en permanence, l\u2019avait quitt\u00e9 peu avant et \u00e9tait retourn\u00e9e en Allemagne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des tensions r\u00e8gnent entre lui et le couple de fermiers bien qu\u2019il ait une liaison avec la femme. Ils d\u00e9couvrent dans la presse sa vraie identit\u00e9, qu\u2019il est recherch\u00e9 pour crimes contre l\u2019humanit\u00e9. Des membres de la famille de Mengele viennent r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 la ferme leur verser de l\u2019argent pour qu\u2019ils ne le d\u00e9noncent pas. La fin du film le montre \u00e2g\u00e9 et malade apr\u00e8s avoir fait un AVC, dans un bungalow o\u00f9 une jeune femme s\u2019occupe de lui dans la journ\u00e9e. Il meurt noy\u00e9 sur une plage pr\u00e8s de S\u00e3o Paulo suite \u00e0 une seconde attaque c\u00e9r\u00e9brale et est enterr\u00e9 sous sa fausse identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un texte final indique que Rolf reconna\u00eetra le corps en 1985 apr\u00e8s son identification (confirm\u00e9e par des analyses g\u00e9n\u00e9tiques en 1992) mais refusera avec sa m\u00e8re que ses restes soient rapatri\u00e9s en Allemagne. Le corps sera l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l\u2019institut m\u00e9dico-l\u00e9gal de S\u00e3o Paulo qui est la premi\u00e8re s\u00e9quence du film o\u00f9 un professeur d\u2019anatomie devant le squelette de Joseph Mengele, d\u00e9crit \u00e0 ses \u00e9tudiants les caract\u00e9ristiques qui ont permis de l\u2019identifier. Plusieurs rares sc\u00e8nes du film en couleur, le montrent jeune, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de sa rencontre avec sa premi\u00e8re femme, puis \u00e0 Auschwitz quand m\u00e9decin nazi, il s\u00e9lectionnait sur la rampe les arrivants au camp, les femmes avec enfants, celles enceintes, les vieillards pour la chambre \u00e0 gaz et ceux qui auraient un sursis, aptes au travail&nbsp;; une famille de nains qu\u2019il gardait de c\u00f4t\u00e9 pour ses exp\u00e9riences&nbsp;; des enfants \u00e0 qui il offrait des bonbons avant de les tuer. Sa vie pass\u00e9e \u00ab&nbsp;lumineuse&nbsp;\u00bb en couleur, est mise par le r\u00e9alisateur en contraste avec sa vie \u00ab&nbsp;sombre&nbsp;\u00bb de cavale, en noir et blanc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il avait \u00e9chapp\u00e9 plusieurs fois de peu au <em>Mossad<\/em> qui en 1962, a renonc\u00e9 \u00e0 le pourchasser. Cela demandait trop de moyens en temps, en hommes et en argent et les Isra\u00e9liens le pensaient mort comme l\u2019avaient d\u00e9clar\u00e9 sa premi\u00e8re femme et sa famille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En f\u00e9vrier 1945 \u00e0 Saaz (Tch\u00e9quie), d\u00e9guis\u00e9 en officier de la <em>Wehrmacht<\/em>, il fuit vers l\u2019Ouest o\u00f9 il est fait prisonnier par les forces am\u00e9ricaines en juin. N\u2019ayant pas le tatouage des SS avec son groupe sanguin, il n\u2019est pas identifi\u00e9 comme criminel de guerre et est lib\u00e9r\u00e9 en juillet. Avec de faux papiers \u00ab&nbsp;Fritz Ullman&nbsp;\u00bb chang\u00e9 en \u00ab&nbsp;Fritz Hollman&nbsp;\u00bb, il travaille comme ouvrier agricole pr\u00e8s de Rosenheim en Bavi\u00e8re. Apr\u00e8s avoir obtenu \u00e0 G\u00eanes un passeport sous la fausse identit\u00e9 de \u00ab&nbsp;Helmut Gregor&nbsp;\u00bb par la Croix-Rouge, il part en Argentine en juillet 1949. Sa femme, la m\u00e8re de Rolf, Ir\u00e8ne Sch\u00f6nbein qu\u2019il avait \u00e9pous\u00e9e en 1939, refuse de le suivre. Ils divorceront en 1954. Les premi\u00e8res ann\u00e9es de sa cavale se d\u00e9roulent comme charpentier, commercial dans l\u2019entreprise familiale de machines agricoles avec jusqu\u2019en 1951, de fr\u00e9quents d\u00e9placements au Paraguay pour le travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">N\u00e9 \u00e0 G\u00fcnzburg en Bavi\u00e8re le 16 mars 1911, il avait obtenu deux doctorats en anthropologie (1935) et en m\u00e9decine (1938) \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Munich. Il adh\u00e8re au parti nazi en 1937, \u00e0 la SS (<em>Schutzstaffel<\/em>) en 1938. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9 en juin 1940 comme volontaire dans le service m\u00e9dical de la <em>Waffen-SS<\/em>, puis au sein du <em>Rasse und Siedlungshauptamt<\/em> (RuSHA), le Bureau pour la race et le peuplement, \u00e0 Posen en Pologne avec pour mission d\u2019\u00e9valuer les candidats \u00e0 la germanisation, il int\u00e8gre en janvier 1942 la 5<sup>e<\/sup><em> Panzerdivision SS Wiking<\/em> comme m\u00e9decin. Gri\u00e8vement bless\u00e9 pr\u00e8s de Rostov-sur-le-Don (Russie) \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1942, il est d\u00e9clar\u00e9 inapte au service actif et rejoint le bureau de Berlin du RuSHA o\u00f9 il travaille \u00e0 nouveau avec Otmar von Verschuer, m\u00e9decin eug\u00e9niste. Promu <em>Hauptsturmf\u00fchrer SS <\/em>(capitaine), il est envoy\u00e9 au camp d\u2019Auschwitz-Birkenau en avril 1943 dont le responsable m\u00e9dical Eduard Wirths le nomme chef du <em>Zigeunerfamilienlager<\/em>, le camp des Roms, o\u00f9 il aura \u00e0 sa disposition un vivier humain pour ses exp\u00e9riences m\u00e9dicales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ses recherches portaient sur les jumeaux, l\u2019h\u00e9t\u00e9rochromie (couleur diff\u00e9rente des deux yeux), le nanisme et les difformit\u00e9s anatomiques, \u00e0 des fins g\u00e9n\u00e9tiques et eug\u00e9niques. Il a \u00ab&nbsp;\u00e9radiqu\u00e9&nbsp;\u00bb des \u00e9pid\u00e9mies de typhus et de scarlatine en isolant et laissant mourir les malades sans soins, a re\u00e7u des m\u00e9dailles pour cela, provoqu\u00e9 des maladies par infection volontaire, pratiqu\u00e9 des amputations inutiles, inject\u00e9 des substances hormonales dans les yeux de d\u00e9tenus qui ont entra\u00een\u00e9 leur c\u00e9cit\u00e9. \u00c0 la mi 1944, il avait envoy\u00e9 une quarantaine de paires d\u2019yeux diss\u00e9qu\u00e9s \u00e0 l\u2019Institut <em>Kaiser-Wilhelm<\/em> d\u2019anthropologie \u00e0 une coll\u00e8gue biologiste. La liste d\u2019atrocit\u00e9s est longue\u2026 Il avait cr\u00e9\u00e9 dans le camp un terrain de jeux pour les enfants qui l\u2019appelaient \u00ab&nbsp;Onkel Mengele&nbsp;\u00bb avec qui il jouait avant de les tuer par injection l\u00e9tale ou lors d\u2019exp\u00e9rimentations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Totalitarisme ou dictature&nbsp;?<\/strong><\/em><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quel int\u00e9r\u00eat de s\u2019attarder sur un m\u00e9decin coupable de crimes contre l\u2019humanit\u00e9&nbsp;? Les Mengele et les Eichmann \u00e9galement ne manquaient pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u2026 La profession de m\u00e9decin \u00e9tait une des plus nazifi\u00e9es, plus de 50&nbsp;% \u00e9taient membres de la SA (<em>Sturmabteilung<\/em>) et la SS. Vingt seulement seront jug\u00e9s au proc\u00e8s de Nuremberg des m\u00e9decins et des fonctionnaires nazis (9 d\u00e9cembre 1946-29 ao\u00fbt 1947), condamn\u00e9s pour \u00ab&nbsp;barbaries faites au nom de la science m\u00e9dicale&nbsp;\u00bb, dont sept \u00e0 la peine de mort par pendaison. Certains avaient particip\u00e9 au programme <em>Aktion T4<\/em> d\u2019extermination par le gaz des handicap\u00e9s mentaux et physiques dans les ann\u00e9es trente en Allemagne, \u00e0 laquelle l\u2019\u00e9glise protestante avait mis un terme en le d\u00e9non\u00e7ant. Les euthanasies ont pourtant continu\u00e9 de fa\u00e7on non officielle par des m\u00e9decins et infirmiers dans des h\u00f4pitaux et cliniques du pays et des territoires occup\u00e9s jusqu\u2019en 1945, par injection l\u00e9tale \u00e0 des enfants malform\u00e9s ou ne correspondant pas aux crit\u00e8res ariens, des personnes \u00e2g\u00e9es et des bless\u00e9s de guerre (nombreux suite \u00e0 la campagne de Russie). Beaucoup de ces m\u00e9decins ont disparu \u00e0 la fin de la guerre et n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s comme Mengele (Flores, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les juristes dipl\u00f4m\u00e9s des meilleures universit\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas en reste non plus, nombreux au parti nazi. L\u2019arriv\u00e9e d\u2019Hitler au pouvoir a \u00e9t\u00e9 une opportunit\u00e9 pour quantit\u00e9 de petits fonctionnaires qui auraient v\u00e9g\u00e9t\u00e9 comme Eichmann, sans la fabuleuse promotion qu\u2019il leur \u00e9tait offerte, aussi pour des Allemands, d\u00e9tenus de droit commun, des criminels qu\u2019on a sortis de prison pour \u00eatre enr\u00f4l\u00e9s dans les organisations nazies comme Rudolf H\u00f6ss, le chef du camp d\u2019Auschwitz-Birkenau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La d\u00e9fense d\u2019Eichmann \u00e0 son proc\u00e8s a \u00e9t\u00e9 qu\u2019il ne faisait qu&rsquo;ob\u00e9ir aux ordres. Cela n\u2019a pas convaincu les juges. Il ne se contentait pas non plus uniquement de \u00ab&nbsp;faire partir les trains \u00e0 l\u2019heure&nbsp;\u00bb\u2026 comme j\u2019ai pu l\u2019entendre ici ou l\u00e0. Il savait tr\u00e8s bien ce que les convois de wagons plomb\u00e9s transportaient et o\u00f9 ils allaient. Des photos d\u2019archives ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9es apr\u00e8s la guerre o\u00f9 on le voit en visite au camp d\u2019Auschwitz. En Autriche \u00e0 Vienne en 1938, il \u00e9tait charg\u00e9 d\u2019organiser l\u2019expulsion des Juifs en confisquant leurs biens. Il \u00e9tait l\u2019adjoint de Reinhard Heydrich, ancien directeur de l\u2019Office central de s\u00e9curit\u00e9 du <em>Reich<\/em>, vice-gouverneur de Boh\u00eame-Moravie, tu\u00e9 \u00e0 Prague par des r\u00e9sistants en juin 1942. Il avait particip\u00e9 avec lui \u00e0 la conf\u00e9rence de Wannsee le 20 janvier 1942 sur la solution finale o\u00f9 il \u00e9tait le secr\u00e9taire de s\u00e9ance charg\u00e9 de r\u00e9diger le compte-rendu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Une dictature raciale<\/strong><\/em><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un contresens est souvent fait sur \u00ab&nbsp;la banalit\u00e9 du mal&nbsp;\u00bb de la philosophe Hannah Arendt. Eichmann et tant d\u2019autres criminels n\u2019ont en aucun cas commis des actes banals mais ils \u00e9taient des \u00eatres ordinaires, sans envergure, des Allemands communs, que le r\u00e9gime a transform\u00e9 en meurtriers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les travaux des historiens de la Seconde Guerre mondiale ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, ont montr\u00e9 que le r\u00e9gime nazi \u00e9tait un r\u00e9gime racial, une dictature mais pas un totalitarisme comme l\u2019Union sovi\u00e9tique. La nature du <em>Troisi\u00e8me Reich<\/em> est une dictature violente pour ses opposants et une \u00ab&nbsp;dictature au service du peuple et de son bien-\u00eatre \u00bb pour toutes les personnes non cibl\u00e9es par le r\u00e9gime, fond\u00e9e sur la <em>Volksgemeinschaft<\/em> (communaut\u00e9 du peuple, forme id\u00e9ale de soci\u00e9t\u00e9), la participation et le consentement massif de la population.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certes, la dictature s\u2019exer\u00e7ait durement avec son lot de d\u00e9port\u00e9s, d\u2019assassin\u00e9s, mais pas pour tout le monde. Pour l\u2019Allemand dit de souche de l\u2019\u00e9poque qui travaillait, \u00e9levait ses enfants et ne faisait pas de politique, en clair se tenait tranquille, la vie se d\u00e9roulait plut\u00f4t bien. Pour les Juifs (seulement 0,8&nbsp;% de la population en 1933), les Tziganes, les Slaves, les opposants politiques, les homosexuels, les \u00ab&nbsp;asociaux&nbsp;\u00bb, il en allait tout autrement \u00e9videmment puisqu\u2019il faisaient l\u2019objet de pers\u00e9cutions continuelles, d\u2019emprisonnement dans les camps de la mort, d\u2019ex\u00e9cutions. Pour les autres, les Allemands ariens, il n\u2019y avait pas de danger, il suffisait quand une rafle de Juifs avait lieu dans la rue, de regarder ailleurs\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nazis s\u2019arrang\u00e8rent pour que le peuple allemand ne manque de rien, ni de travail (les usines d\u2019armement entre autres tournaient \u00e0 plein r\u00e9gime), ni de denr\u00e9es alimentaires et de biens de consommation de n\u00e9cessit\u00e9, qu\u2019ils pillaient dans les territoires occup\u00e9s comme la France, au moins jusqu\u2019en 1943 quand les alli\u00e9s ont commenc\u00e9 \u00e0 bombarder jour et nuit les villes et villages, pas seulement les zones strat\u00e9giques industrielles comme la Ruhr ou le port de Hambourg, afin de d\u00e9moraliser la population. Le souvenir cauchemardesque de la R\u00e9publique de Weimar des derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 la d\u00e9mocratie agonisante quand l\u2019inflation flambait et la mis\u00e8re avec, \u00e9tait toujours dans les esprits. Les Allemands ont vot\u00e9 massivement pour Hitler lors des \u00e9lections de 1933 avec 17,2 millions de suffrages (43,9&nbsp;% des voix). Ils appelaient \u00e0 un homme fort, charismatique, d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 la nation, c\u00e9libataire qui se d\u00e9clarait \u00ab&nbsp;mari\u00e9&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019Allemagne&#8230; qui pr\u00f4nait la paix tout en r\u00e9armant le pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les organisations de jeunesse la <em>Hitler Jugend<\/em> et la <em>Bund Deutscher M\u00e4del <\/em>qui prenaient en charge les gar\u00e7ons et les filles d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de six ans en leur proposant des activit\u00e9s de plein air, des feux de camp entre camarades, des marches, du sport, des manifestations au flambeau, \u00e9taient tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9es et contribuaient \u00e0 une sorte d\u2019union sacr\u00e9e entre les jeunes Allemands, les gar\u00e7ons en se pr\u00e9parant \u00e0 \u00eatre de vaillants soldats, les filles \u00e0 leur r\u00f4le d\u00e9volu de m\u00e9nag\u00e8res, m\u00e8res de famille nombreuse. D\u2019apr\u00e8s J. Chapoutot, C. Ingrao, N. Patin (2024)<sup>2&nbsp;<\/sup>: \u00ab&nbsp;L\u2019adh\u00e9sion au nazisme a bien montr\u00e9 que le r\u00e9gime ne tenait pas que par la terreur, loin de l\u00e0. Ian Kershaw le dit : \u2018\u2019Bien entendu, la r\u00e9pression \u00e9tait partie int\u00e9grante du r\u00e9gime nazi depuis le d\u00e9but. (\u2026) Mais, si omnipr\u00e9sente f\u00fbt-elle, la r\u00e9pression avant-guerre se concentrait sur les groupes \u2018marginaux\u2019 et les \u2018ind\u00e9sirables\u2019, la majorit\u00e9 de la population l\u2019acceptait, voire s\u2019en f\u00e9licitait\u2019\u2019. (\u2026) un ph\u00e9nom\u00e8ne que l\u2019on analyse aujourd\u2019hui comme une gigantesque \u2018\u2019fabrique du consentement\u2019\u2019&nbsp;\u00bb. La bourgeoisie terroris\u00e9e par le \u00ab\u00a0jud\u00e9o-bolch\u00e9visme\u00a0\u00bb a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 s&rsquo;en remettre \u00e0 un petit caporal antis\u00e9mite&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les lois de Nuremberg de 1935 dans son article 3, la \u00ab&nbsp;Loi sur la protection du sang allemand et de l\u2019honneur allemand&nbsp;\u00bb allait jusqu\u2019\u00e0 prohiber l\u2019emploi comme domestiques par les Juifs de femmes allemandes en dessous de 45 ans. Les Juifs \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des d\u00e9viants sexuels qui mena\u00e7aient la puret\u00e9 du \u00ab&nbsp;sang allemand&nbsp;\u00bb\u2026 Aussi, c\u2019\u00e9tait un r\u00e9gime racial que les anthropologues partis en missions, d\u00e8s le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, avaient valid\u00e9 en mesurant les cr\u00e2nes des peuples indig\u00e8nes. Ces cr\u00e2nologues&#8230; eug\u00e9nistes donn\u00e8rent un vernis scientifique \u00e0 la notion de \u00ab&nbsp;race&nbsp;\u00bb (qui n\u2019existe pas), la race arienne fantasm\u00e9e \u00e9tant sup\u00e9rieure aux autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aussi, le nazisme \u00e9tait bien une dictature avec toutes les restrictions de libert\u00e9s qu\u2019on conna\u00eet, de la presse, d\u2019opinion, avec un parti unique, sans \u00e9lections libres, une bureaucratie parasitaire, une r\u00e9pression politique, un homme fort au pouvoir, la propagande d\u2019\u00e9tat rondement men\u00e9e par le ministre Joseph Goebbels, etc. Mais, elle se distingue du totalitarisme, sovi\u00e9tique notamment, pas seulement en termes de nombre de personnes ex\u00e9cut\u00e9es et d\u00e9port\u00e9es ni de restrictions des libert\u00e9s fondamentales mais par la fabrication du consentement et l\u2019adh\u00e9sion massive du peuple allemand \u00e0 l\u2019extr\u00eame-droite, \u00e0 l\u2019antis\u00e9mitisme, aux mesures anti-d\u00e9mocratiques. En 1945, 8 millions 981 000 Allemands \u00e9taient adh\u00e9rents au NSDAP, m\u00eame si tous n\u2019\u00e9taient pas nazis. Certains \u00e9taient membres du parti par opportunisme, conformisme social, pour trouver un travail ou simplement le garder\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Un totalitarisme sans nom&#8230;<\/strong><\/em><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Sovi\u00e9tiques quels qu\u2019ils soient dans l\u2019immense f\u00e9d\u00e9ration de r\u00e9publiques qu\u2019\u00e9tait l\u2019URSS, o\u00f9 des peuples aux m\u0153urs et aux langues diff\u00e9rentes se c\u00f4toyaient, subissaient une r\u00e9pression f\u00e9roce qui s\u2019abattait arbitrairement en pouvant jeter \u00e0 la rue n\u2019importe qui, un simple paysan comme un haut dignitaire proche de Staline. L\u2019Arm\u00e9e rouge qui a contribu\u00e9 \u00e0 la victoire des alli\u00e9s, a pay\u00e9 un lourd tribut en hommes. Pourtant, les prisonniers de guerre qui avaient surv\u00e9cu aux camps nazis, une fois rentr\u00e9s en 1945, \u00e9taient ex\u00e9cut\u00e9s sur ordre de Staline. Faits prisonniers, ils \u00e9taient forc\u00e9ment des d\u00e9serteurs&#8230; qui s\u2019\u00e9taient rendus \u00e0 l\u2019ennemi au lieu de combattre jusqu\u2019au bout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Appartenir \u00e0 la <em>nomenklatura<\/em>, accordait des privil\u00e8ges immenses aux responsables et aux bureaucrates corrompus qui administraient le pays, tandis que le reste de la population souffrait r\u00e9guli\u00e8rement de faim et de froid. Tous les biens de consommation import\u00e9s de l\u2019Ouest leur \u00e9taient accessibles, les mieux plac\u00e9s avaient leur datcha au bord de la mer de Crim\u00e9e\u2026 Mais m\u00eame les plus puissants, les collaborateurs de Staline, tomb\u00e9s en disgr\u00e2ce du jour au lendemain, \u00e9taient fusill\u00e9s, leur portrait effac\u00e9 sur les photos retouch\u00e9es o\u00f9 ils avaient pos\u00e9 avec le ma\u00eetre du Kremlin. \u00catre pris dans les filets du KGB ou de la Stasi, signifiait perdre son emploi, ne plus jamais en retrouver et \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab&nbsp;parasite social&nbsp;\u00bb car le ch\u00f4mage \u00e9videmment n\u2019existait pas dans les pays communistes\u2026 Le syst\u00e8me de d\u00e9lation qui recrutait ses espions dans la population en les payant ou en les mena\u00e7ant des pires repr\u00e9sailles s\u2019ils refusaient, \u00e9tait particuli\u00e8rement efficace. Ainsi, un fils, une fille, pouvait d\u00e9noncer ses parents ou inversement. C\u2019\u00e9tait une soci\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement injuste et in\u00e9galitaire malgr\u00e9 les beaux discours r\u00e9volutionnaires (Marie, 2013)<sup>3<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les t\u00e9moignages des Allemands quand l\u2019Arm\u00e9e rouge est entr\u00e9e \u00e0 Berlin sont particuli\u00e8rement \u00e9loquents. Certes, les Russes n\u2019avaient pas oubli\u00e9 les massacres perp\u00e9tr\u00e9s par les <em>Einsatzgruppen<\/em>, les formations SS, <em>Les Chasseurs noirs <\/em>(2006)<sup>4<\/sup> comme les appelle Christian Ingrao qui, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re des troupes de la <em>Wehrmacht<\/em> \u00ab&nbsp;nettoyaient&nbsp;\u00bb les territoires envahis en ex\u00e9cutant tous les Juifs, les commissaires politiques mais aussi les paysans, hommes, femmes, enfants. Un esprit de revanche in\u00e9vitable animaient les soldats quand ils envahirent la ville. Des viols massifs ont eu lieu, \u00e0 tel point que les autorit\u00e9s ont d\u00fb \u00e9tablir et faciliter l\u2019avortement, que l\u2019histoire a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s oublier pendant longtemps en y mettant une chape de plomb&nbsp;: il fallait reconstruire le pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Une femme \u00e0 Berlin. Journal 20 avril-22 juin 1945<\/em> (1954)<sup>5<\/sup>, t\u00e9moignage d\u2019une Allemande anonyme, a racont\u00e9 le calvaire v\u00e9cu par les femmes viol\u00e9es collectivement dont elle-m\u00eame. 100 000 d\u2019entre elles dans le Berlin envahi l\u2019ont \u00e9t\u00e9 dont 10 000 mutil\u00e9es et assassin\u00e9es ou qui se sont suicid\u00e9es par la suite. Elle avait choisi de se mettre sous la protection d\u2019un officier de l\u2019Arm\u00e9e rouge qui s\u2019est install\u00e9 chez elle et dans son lit \u00e9videmment\u2026 seul moyen aussi pour survivre quand toute la ville mourrait de faim. Il a fallu plus de dix ans \u00e0 l\u2019Allemagne pour se relever des d\u00e9combres de la guerre, reconstruire le pays et relancer la machine \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Pour conclure\u2026<\/strong><\/em><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il ne s\u2019agit pas d\u2019\u00e9tablir une hi\u00e9rarchie dans l\u2019horreur en faisant le d\u00e9compte des morts mais, de s\u2019appuyer sur des faits historiques. Le mot totalitarisme est un peu trop galvaud\u00e9 \u00e0 mon go\u00fbt. Cela lui enl\u00e8ve de sa force. Tout n\u2019est pas totalitaire m\u00eame si beaucoup peut \u00eatre dictatorial&#8230; et faire l\u2019amalgame entre les deux r\u00e9gimes, nazi et stalinien en consid\u00e9rant que c\u2019est du pareil au m\u00eame, est une erreur d\u2019appr\u00e9ciation et d\u2019analyse qui rel\u00e8ve pour moi de l\u2019imposture id\u00e9ologique. Il est toujours tentant de r\u00e9\u00e9crire l\u2019histoire, de voir les choses comme on aimerait qu\u2019elles soient et non pas telles qu\u2019elles sont\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les mesures sanitaires d\u00e9l\u00e9t\u00e8res qui nous ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es pendant la crise du Covid-19, en fait politiques pour museler la population, rel\u00e8vent de diktats, il n\u2019y a aucun doute. Une d\u00e9mocratie est par essence fragile car elle laisse la porte ouverte aux d\u00e9bats, \u00e0 l\u2019opinion contradictoire, \u00e0 la libert\u00e9 de parole et de pens\u00e9e et lorsqu\u2019elle est attaqu\u00e9e par des id\u00e9ologies mortif\u00e8res ou des mesures r\u00e9pressives, autoritaires, elle est en danger. Aussi, la vigilance est de rigueur&nbsp;: se prot\u00e9ger de la propagande m\u00e9diatique, r\u00e9agir face \u00e0 des d\u00e9cisions gouvernementales qui vont \u00e0 l\u2019encontre du peuple, mettre en garde contre les abus, les d\u00e9noncer, refuser les lois qui restreignent les libert\u00e9s et les droits, la censure, etc. sont essentiels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le reste n\u2019est qu\u2019arguties de mon point de vue. Entretenir la peur du totalitarisme en permanence, en substituant une peur \u00e0 une autre, n\u2019apporte rien de positif, m\u00eame si aucune d\u00e9mocratie n\u2019est \u00e0 l\u2019abri de graves d\u00e9rives liberticides comme celles auxquelles on assiste aujourd\u2019hui dans les pays occidentaux. Et les appels \u00e0 la guerre intempestifs actuels de l\u2019Union Europ\u00e9enne ne font gu\u00e8re illusion&#8230; <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a9 Bettina Flores, 21 novembre 2025.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><sup>1&nbsp;: <\/sup>Solomon Volkov, propos recueillis par, <em>T\u00e9moignage. Les m\u00e9moires de Dimi<\/em><em>t<\/em><em>ri Chostakovitch<\/em>, Paris, Albin Michel, 1980.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><sup>2&nbsp;: <\/sup>Johann Chapoutot, Christian Ingrao, Nicolas Patin, <em>Le <\/em><em>M<\/em><em>onde nazi. 1919-1945, <\/em>Paris, \u00e9d. Tallandier, 2024.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><sup>3&nbsp;: <\/sup>Jean-Jacques Marie, <em>Staline, <\/em>Paris, \u00e9d. Autrement, 2013.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><sup>4&nbsp;: <\/sup>Christian Ingrao, <em>Les Chasseurs noirs. Essai sur la <\/em>Sondereinheit<em> Dirlewanger, <\/em>Paris, \u00e9d. Tallandier, 2006.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><sup>5: <\/sup>Anonyme, <em>Une femme \u00e0 Berlin. Journal 20 avril-22 juin 1945, <\/em>(1954), Paris, Gallimard, 2006. En 2003, son nom, Marta Hillers, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9. Elle a \u00e9t\u00e9 journaliste et r\u00e9dactrice en chef de deux magazines \u00e0 Berlin pendant la guerre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux Procureurs, Sergei Loznitsa, 2025 (1h46) 1937, Union Sovi\u00e9tique, des milliers de lettres de d\u00e9tenus accus\u00e9s \u00e0 tort par le r\u00e9gime sont br\u00fbl\u00e9es dans une cellule de prison. 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