{"id":2680,"date":"2026-05-10T13:10:40","date_gmt":"2026-05-10T11:10:40","guid":{"rendered":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/?p=2680"},"modified":"2026-05-17T21:49:21","modified_gmt":"2026-05-17T19:49:21","slug":"loi-yadan-et-liberte-dexpression-lanalyse-de-jean-jacques-benomard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/?p=2680","title":{"rendered":"Loi Yadan et libert\u00e9 d&rsquo;expression, l&rsquo;analyse de Jean-Jacques B\u00e9nomard"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"299\" height=\"168\" src=\"https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/image-justice.jpg\" alt=\"LOI YADAN\" class=\"wp-image-2692\" style=\"width:600px\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le colonel Jean-Jacques B\u00e9nomard nous explique les dangers pour la libert\u00e9 d\u2019expression que comporte le projet de la loi Yadan dont le texte va \u00eatre d\u00e9battu en s\u00e9ance publique le 22 juin prochain, apr\u00e8s qu\u2019une p\u00e9tition \u00e0 son encontre de plus de 700 000 signatures ait \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e le 16 avril 2026 avant la fin de son examen. Son approche est \u00e0 la fois juridique, sociologique, philosophique et linguistique. Il montre la profonde transformation de l\u2019esprit de la loi actuelle et les d\u00e9rives qui sont \u00e0 craindre, en sanctionnant non plus des faits tangibles d\u00e9lictuels mais en suspectant une intention haineuse ou antis\u00e9mite qui serait dissimul\u00e9e. Avec cette loi, la pens\u00e9e critique et la libert\u00e9 d\u2019expression seront r\u00e9duites \u00e0 des d\u00e9bats aseptis\u00e9s dus \u00e0 la suspicion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, l\u2019autocensure, l\u2019arbitraire, la moralisation de la parole publique, la peur de poursuites en cas de remise en question des r\u00e9cits \u00e9tablis. Je laisse le soin au lecteur de d\u00e9couvrir son analyse qui apporte un \u00e9clairage tr\u00e8s int\u00e9ressant sur ce projet de loi (les expressions en gras sont de mon fait) :<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Encadrer la parole pour lutter contre la haine&nbsp;: jusqu\u2019o\u00f9&nbsp;?<\/strong> <\/em>                                                                                                                 Analyse des implications juridiques d\u2019un projet de loi sur les formes renouvel\u00e9es de l\u2019antis\u00e9mitisme.                            Jean-Jacques B\u00e9nomard, 13 avril 2026<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le projet de loi visant \u00e0 lutter contre les formes renouvel\u00e9es de l\u2019antis\u00e9mitisme s\u2019inscrit dans un <strong>contexte historique et politique<\/strong> pr\u00e9cis. Les attaques perp\u00e9tr\u00e9es le 7&nbsp;octobre 2023 par le mouvement Hamas contre Isra\u00ebl ont provoqu\u00e9 une onde de choc durable dans l\u2019ensemble des soci\u00e9t\u00e9s occidentales. En France, ces \u00e9v\u00e9nements ont \u00e9t\u00e9 suivis d\u2019une augmentation significative des actes antis\u00e9mites, attest\u00e9e par les donn\u00e9es du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur et confirm\u00e9e par de nombreuses associations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parall\u00e8lement, le d\u00e9bat public s\u2019est fortement polaris\u00e9 autour du <strong>conflit isra\u00e9lo-palestinien<\/strong>. Cette polarisation s\u2019est exprim\u00e9e de mani\u00e8re particuli\u00e8rement visible dans les milieux universitaires, notamment au sein de Sciences Po, o\u00f9 certaines mobilisations \u00e9tudiantes ont suscit\u00e9 de vives controverses, tant sur la nature des discours tenus que sur la capacit\u00e9 des institutions \u00e0 en encadrer les d\u00e9bordements. Des critiques ont \u00e9t\u00e9 adress\u00e9es aux directions d\u2019\u00e9tablissement, accus\u00e9es tour \u00e0 tour de laxisme ou d\u2019atteinte \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dans ce <strong>climat de tension<\/strong>, \u00e0 la fois s\u00e9curitaire, politique et symbolique, que s\u2019inscrit la pr\u00e9sente proposition de loi. Celle-ci se donne pour objectif de r\u00e9pondre \u00e0 des formes d\u2019antis\u00e9mitisme per\u00e7ues comme renouvel\u00e9es, plus diffuses, moins directement exprim\u00e9es, et par cons\u00e9quent plus difficiles \u00e0 appr\u00e9hender par le droit existant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le texte s\u2019inscrit \u00e9galement dans une s\u00e9quence l\u00e9gislative et politique sp\u00e9cifique. D\u00e9pos\u00e9 le 19&nbsp;novembre 2024 par Caroline Yadan, il est pr\u00e9sent\u00e9 comme une initiative transpartisane, cosign\u00e9e par plus d\u2019une centaine de d\u00e9put\u00e9s issus principalement du camp gouvernemental, mais \u00e9galement par quelques \u00e9lus d\u2019opposition, dont Fran\u00e7ois Hollande. Saisi pour avis, le Conseil d\u2019\u00c9tat a formul\u00e9 plusieurs recommandations, conduisant \u00e0 une r\u00e9\u00e9criture substantielle du texte initial. Celui-ci s\u2019inscrit dans une volont\u00e9 affich\u00e9e de r\u00e9pondre \u00e0 des formes d\u2019antis\u00e9mitisme per\u00e7ues comme plus diffuses, parfois pr\u00e9sent\u00e9es comme dissimul\u00e9es derri\u00e8re des discours politiques ou id\u00e9ologiques contemporains. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 examin\u00e9 en commission des lois en janvier 2026, o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 de justesse, le texte doit \u00eatre d\u00e9battu en s\u00e9ance publique au printemps&nbsp;2026. Dans sa version issue des travaux en commission, il pr\u00e9voit notamment une <strong>modification de la loi de 1881<\/strong> sur la libert\u00e9 de la presse, visant \u00e0 sanctionner les appels publics \u00e0 la destruction d\u2019un \u00c9tat reconnu par la R\u00e9publique fran\u00e7aise, en m\u00e9connaissance du droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames et des principes de la Charte des Nations Unies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si le texte poursuit un objectif l\u00e9gitime, il marque une profonde transformation de l\u2019esprit de la loi actuelle. Il ne s\u2019agit plus seulement de sanctionner des propos explicitement haineux, mais d\u2019encadrer des discours interpr\u00e9tables, nuanc\u00e9s ou contextualis\u00e9s. En int\u00e9grant la relativisation, la comparaison ou l\u2019insinuation dans le champ p\u00e9nal, il fait glisser le droit de l\u2019expression vers un droit de l\u2019implicite, o\u00f9 ce qui est sugg\u00e9r\u00e9 peut compter davantage que ce qui est dit. Ce d\u00e9placement repose sur une logique de <strong>suspicion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<\/strong>, dans laquelle la complexit\u00e9 du raisonnement peut \u00eatre per\u00e7ue comme une forme de dissimulation. Il en r\u00e9sulte un risque de confusion entre analyse et justification, entre critique et faute. \u00c0 terme, c\u2019est moins la parole elle-m\u00eame qui est vis\u00e9e que les conditions de la pens\u00e9e&nbsp;: le texte ouvre la voie \u00e0 un encadrement du d\u00e9bat o\u00f9 la nuance devient risqu\u00e9e, et o\u00f9 la libert\u00e9 d\u2019expression et de jugement pourrait se trouver progressivement contrainte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette synth\u00e8se vise ainsi \u00e0 \u00e9clairer, avec rigueur et sobri\u00e9t\u00e9, les m\u00e9canismes explicites et implicites du projet de loi, ses effets possibles sur la libert\u00e9 d\u2019expression et la libert\u00e9 acad\u00e9mique, ainsi que les risques d\u2019une <strong>moralisation croissante <\/strong>du d\u00e9bat public.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pr\u00e9sente analyse vise \u00e0 en \u00e9clairer les m\u00e9canismes, en examinant successivement dans les deux premi\u00e8res parties les attendus du texte et les modifications juridiques qu\u2019il propose sous les \u00e9clairages juridiques, sociaux et philosophiques et en soulignant les risques encourus. Nous verrons ensuite comment le champ lexical utilis\u00e9 colore \u00e9motionnellement le raisonnement. Enfin, \u00e0 travers l\u2019analyse d\u2019un cas d\u2019\u00e9cole, nous mettrons en lumi\u00e8re les effets concrets qu\u2019il est susceptible de produire sur le d\u00e9bat public et la production du savoir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Expos\u00e9 des motifs du projet de loi<\/strong><\/em><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lors de l\u2019\u00e9laboration d\u2019un projet de loi, la section explicative, connue sous le nom d\u2019expos\u00e9 des motifs, rev\u00eat une importance cruciale. Ils ne se limitent pas \u00e0 pr\u00e9senter le contexte ou les intentions du l\u00e9gislateur&nbsp;: ils en fixent le cadre d\u2019interpr\u00e9tation, orientent la lecture des dispositions et en r\u00e9v\u00e8lent les pr\u00e9suppos\u00e9s.  \u00c0 ce titre, leur analyse permet de saisir non seulement les objectifs affich\u00e9s du texte, mais aussi les <strong>logiques implicites <\/strong>qui en sous-tendent la r\u00e9daction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9tude des attendus du projet de loi met ainsi en lumi\u00e8re une \u00e9volution du regard port\u00e9 sur les formes contemporaines d\u2019antis\u00e9mitisme, ainsi que les glissements conceptuels qui en d\u00e9coulent sur les plans juridique, sociologique et philosophique. Dans cette perspective, l\u2019analyse crois\u00e9e de ces trois dimensions montre que le l\u00e9gislateur repose sur une pr\u00e9misse structurante&nbsp;: la haine ne s\u2019exprimerait plus frontalement, mais <strong>se dissimulerait<\/strong> derri\u00e8re des formulations indirectes, des comparaisons ou des mises en perspective.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De cette hypoth\u00e8se d\u00e9coule une double \u00e9volution&nbsp;: d\u2019une part, une volont\u00e9 d\u2019\u00e9largir le p\u00e9rim\u00e8tre du droit p\u00e9nal des formes discursives interpr\u00e9tatives\u2009; d\u2019autre part, la construction d\u2019un cadre dans lequel la nuance elle-m\u00eame devient susceptible d\u2019\u00eatre <strong>interpr\u00e9t\u00e9e comme<\/strong> <strong>suspecte<\/strong>. L\u2019examen de cette pr\u00e9sentation permet ainsi de mettre au jour les non-dits du texte et les glissements conceptuels qu\u2019il op\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Analyse juridique<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les attendus du projet de loi reposent sur une id\u00e9e centrale&nbsp;: le droit positif serait devenu insuffisant pour appr\u00e9hender les formes contemporaines d\u2019antis\u00e9mitisme, qui se manifesteraient d\u00e9sormais sous des formes indirectes, allusives ou contextualis\u00e9es. Cette pr\u00e9misse conduit \u00e0 une red\u00e9finition implicite du p\u00e9rim\u00e8tre du <strong>droit p\u00e9nal de l\u2019expression<\/strong>. L\u00e0 o\u00f9 le droit actuel exige une n\u00e9gation explicite, directe et non \u00e9quivoque, les attendus sugg\u00e8rent que la haine peut se dissimuler derri\u00e8re des formulations prudentes, des comparaisons historiques, des mises en perspective ou des raisonnements causaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Juridiquement, cette approche pr\u00e9pare un basculement&nbsp;: l\u2019infraction ne serait plus d\u00e9finie par le contenu objectif du propos, mais par son effet suppos\u00e9, son potentiel interpr\u00e9tatif, ou encore par la lecture que pourrait en faire un tiers. Le droit p\u00e9nal, traditionnellement fond\u00e9 sur la clart\u00e9, la pr\u00e9visibilit\u00e9 et la mat\u00e9rialit\u00e9 de l\u2019acte, se verrait ainsi charg\u00e9 d\u2019appr\u00e9cier des nuances discursives, des intentions implicites, voire des sous\u2011entendus. Les attendus construisent donc un cadre o\u00f9 la fronti\u00e8re entre discours licite et illicite devient plus floue, plus d\u00e9pendante du contexte, et plus ouverte \u00e0 l\u2019<strong>interpr\u00e9tation judiciaire<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette \u00e9volution est d\u2019autant plus notable qu\u2019elle ne repose pas sur l\u2019identification de lacunes pr\u00e9cises du droit existant, mais sur une appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019\u00e9volution des discours publics. Le texte ne d\u00e9montre pas que les infractions actuelles seraient inop\u00e9rantes\u2009; il affirme que certaines formes d\u2019expression <strong>\u00e9chappent \u00e0 la sanction<\/strong> parce qu\u2019elles ne sont pas explicitement haineuses. C\u2019est cette logique qui pr\u00e9pare l\u2019introduction d\u2019incriminations fond\u00e9es sur la relativisation, la minoration ou la comparaison.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Analyse sociologique<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les attendus s\u2019inscrivent dans une lecture sociologique du discours public o\u00f9 les fronti\u00e8res entre <strong>critique politique<\/strong>, militantisme, analyse historique et haine identitaire tendent \u00e0 se<strong> <\/strong>brouiller. Ils d\u00e9crivent un espace m\u00e9diatique et num\u00e9rique o\u00f9 les expressions de haine seraient devenues plus subtiles, plus cod\u00e9es, plus envelopp\u00e9es dans des raisonnements apparemment rationnels. Cette vision repose sur l\u2019id\u00e9e que la haine ne se dit plus frontalement, mais se glisse dans des formulations ambigu\u00ebs, des parall\u00e8les historiques, des analogies ou des contextualisations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette analyse sociologique a une cons\u00e9quence majeure&nbsp;: elle tend \u00e0 consid\u00e9rer que la nuance elle\u2011m\u00eame peut devenir un <strong>vecteur de haine<\/strong>. En effet, si la haine se dissimule derri\u00e8re la comparaison ou la mise en perspective, alors toute comparaison ou mise en perspective devient potentiellement suspecte. Le discours public se trouve ainsi interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 travers un prisme o\u00f9 la complexit\u00e9 peut \u00eatre per\u00e7ue comme une strat\u00e9gie d\u2019\u00e9vitement, et o\u00f9 la contextualisation peut \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 une forme de justification.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette conception du discours public repose sur une <strong>sociologie de la suspicion<\/strong>&nbsp;: elle postule que les intentions r\u00e9elles des locuteurs ne co\u00efncident pas n\u00e9cessairement avec leurs formulations explicites, et que la haine peut se loger dans les interstices du langage. Elle pr\u00e9pare ainsi un cadre o\u00f9 la parole est \u00e9valu\u00e9e non seulement pour ce qu\u2019elle dit, mais pour ce qu\u2019elle pourrait laisser entendre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Analyse philosophique<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Philosophiquement, les attendus traduisent une <strong>conception normative <\/strong>du discours public. Ils reposent sur l\u2019id\u00e9e que certaines interpr\u00e9tations historiques ou politiques ne rel\u00e8vent plus du d\u00e9bat d\u00e9mocratique, mais d\u2019une forme de relativisation moralement inacceptable. Cette approche introduit une distinction entre les interpr\u00e9tations l\u00e9gitimes et les interpr\u00e9tations ill\u00e9gitimes, non pas sur la base de leur coh\u00e9rence ou de leur rigueur, mais sur la base de leur conformit\u00e9 \u00e0 une sensibilit\u00e9 collective.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette conception tend \u00e0 substituer \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression une logique de protection m\u00e9morielle. Elle repose sur une vision du discours o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 historique doit \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9e contre les risques de d\u00e9formation, de banalisation ou de relativisation. Or, cette logique entre en tension avec la nature m\u00eame de la pens\u00e9e critique, qui repose sur la comparaison, la mise en perspective, l\u2019interrogation des cat\u00e9gories et la remise en cause des <strong>r\u00e9cits \u00e9tablis<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les attentes introduisent une tension entre deux visions de la prise de parole en public&nbsp;: une vision lib\u00e9rale qui met l\u2019accent sur la diversit\u00e9 d\u2019opinions, le d\u00e9bat d\u2019id\u00e9es et l\u2019interpr\u00e9tation\u2009personnelle, et une vision protectrice qui vise \u00e0 <strong>pr\u00e9server des v\u00e9rit\u00e9s <\/strong>consid\u00e9r\u00e9es comme cruciales pour l\u2019unit\u00e9 sociale.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Risques et d\u00e9rives possibles<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les attendus, en \u00e9largissant la notion de contestation, ouvrent la voie \u00e0 <strong>plusieurs d\u00e9rives<\/strong>. D\u2019abord, ils risquent de confondre critique politique et haine identitaire, en assimilant certaines formes d\u2019antisionisme \u00e0 des expressions antis\u00e9mites. Ensuite, ils fragilisent la libert\u00e9 acad\u00e9mique, en rendant suspectes des pratiques essentielles de la recherche&nbsp;: comparaison, contextualisation, mise en perspective. Ils introduisent \u00e9galement un risque d\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 juridique, en laissant une large place \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation des intentions implicites. Enfin, ils pr\u00e9parent un cadre o\u00f9 la justice pourrait \u00eatre amen\u00e9e \u00e0 sanctionner non pas ce qui est dit, mais ce que l\u2019on croit deviner derri\u00e8re les mots. Cette logique ouvre la voie \u00e0 une p\u00e9nalisation de la nuance, \u00e0 une suspicion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e envers la pens\u00e9e complexe, et \u00e0 une r\u00e9duction du d\u00e9bat public \u00e0 des <strong>\u00e9nonc\u00e9s prudents et aseptis\u00e9s.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce contexte, le renforcement du r\u00f4le des associations dans l\u2019engagement des poursuites contribue \u00e0 accentuer la judiciarisation du d\u00e9bat public. En \u00e9largissant leurs capacit\u00e9s d\u2019intervention, le texte conf\u00e8re un poids accru \u00e0 des acteurs organis\u00e9s engag\u00e9s dans la lutte contre le racisme et l\u2019antis\u00e9mitisme. Si cette \u00e9volution peut se comprendre au regard des objectifs poursuivis, elle soul\u00e8ve n\u00e9anmoins la question de <strong>l\u2019influence de ces organisations<\/strong> dans la qualification des discours et, plus largement, dans l\u2019orientation de la norme. Certaines d\u2019entre elles, telles que le conseil repr\u00e9sentatif des institutions juives en France (CRIF) ou la ligue internationale contre le racisme et l\u2019antis\u00e9mitisme (LICRA), occupent en effet une place structurante dans ce champ.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s lors, le risque ne r\u00e9side pas seulement dans l\u2019extension du champ p\u00e9nal, mais \u00e9galement dans la possibilit\u00e9 que des acteurs porteurs d\u2019<strong>int\u00e9r\u00eats sp\u00e9cifiques<\/strong>, m\u00eame l\u00e9gitimes, puissent exercer une influence accrue sur la d\u00e9finition et l\u2019application de la norme. Un tel glissement interroge le principe selon lequel la loi, en tant qu\u2019expression de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, doit viser \u00e0 prot\u00e9ger l\u2019ensemble du corps social, et non \u00e0 refl\u00e9ter, m\u00eame indirectement, les attentes ou les sensibilit\u00e9s particuli\u00e8res de groupes organis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Modifications et ajouts d\u2019articles propos\u00e9s<\/strong><\/em><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s l\u2019analyse des attendus, qui \u00e9clairent l\u2019esprit du texte, il convient d\u2019examiner les dispositions concr\u00e8tes qu\u2019il introduit. C\u2019est en effet dans les m\u00e9canismes juridiques propos\u00e9s que se traduisent les<strong> intentions du l\u00e9gislateur<\/strong>. L\u2019\u00e9tude des modifications et ajouts d\u2019articles permet ainsi de mesurer la port\u00e9e r\u00e9elle du projet de loi, en observant comment les \u00e9volutions conceptuelles pr\u00e9c\u00e9demment identifi\u00e9es se transposent dans le champ normatif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette perspective, le texte pr\u00e9voit notamment, d\u2019une part, la cr\u00e9ation d\u2019un <strong>d\u00e9lit de<\/strong> <strong>provocation<\/strong> \u00e0 la destruction ou \u00e0 la n\u00e9gation d\u2019un \u00c9tat et, d\u2019autre part, l\u2019extension du champ de la contestation punissable \u00e0 des notions telles que la relativisation, la comparaison ou l\u2019insinuation. Il renforce \u00e9galement le r\u00f4le des associations dans la judiciarisation du d\u00e9bat public, en \u00e9largissant leurs capacit\u00e9s d\u2019intervention.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019analyse d\u00e9taill\u00e9e de ces m\u00e9canismes met ainsi en \u00e9vidence les risques d\u2019un droit p\u00e9nal de l\u2019implicite, ainsi que les d\u00e9rives possibles en mati\u00e8re de <strong>libert\u00e9 acad\u00e9mique <\/strong>et de<strong> pluralisme intellectuel.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>Analyse juridique<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les modifications introduites par le projet de loi op\u00e8rent une transformation profonde du droit p\u00e9nal de l\u2019expression. La cr\u00e9ation d\u2019un d\u00e9lit de provocation \u00e0 la destruction ou \u00e0 la n\u00e9gation d\u2019un \u00c9tat constitue une innovation majeure&nbsp;: elle introduit une incrimination fond\u00e9e non sur la violence ou l\u2019incitation \u00e0 la violence, mais sur la remise en cause de la l\u00e9gitimit\u00e9 politique d\u2019un \u00c9tat. Cette disposition rompt avec <strong>la tradition fran\u00e7aise,<\/strong> qui refusait de p\u00e9naliser les opinions politiques, m\u00eame radicales, d\u00e8s lors qu\u2019elles ne s\u2019accompagnaient pas d\u2019incitation \u00e0 la violence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La modification de l\u2019article&nbsp;24 bis de la loi de 1881 constitue le c\u0153ur du dispositif. Elle \u00e9largit consid\u00e9rablement le champ de la contestation punissable&nbsp;: la n\u00e9gation explicite est remplac\u00e9e par un ensemble de notions interpr\u00e9tatives \u2014 minoration, relativisation, banalisation outranci\u00e8re, insinuation, comparaison, analogie. Cette extension introduit un <strong>droit p\u00e9nal de l\u2019interpr\u00e9tatio<\/strong><strong>n<\/strong>, o\u00f9 l\u2019intention n\u2019a plus besoin d\u2019\u00eatre exprim\u00e9e pour que l\u2019infraction soit constitu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, l\u2019\u00e9largissement des capacit\u00e9s d\u2019action des associations renforce la <strong>judiciarisation du d\u00e9bat public<\/strong>. Il permet \u00e0 des acteurs priv\u00e9s de poursuivre des propos relevant du pluralisme d\u00e9mocratique, en s\u2019appuyant sur des incriminations interpr\u00e9tatives.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>Analyse sociologique<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sociologiquement, ces modifications traduisent une volont\u00e9 de contr\u00f4ler des discours per\u00e7us comme dangereux, mais elles risquent de produire une <strong>autocensure massive <\/strong>dans les milieux intellectuels, journalistiques et universitaires. La comparaison, la nuance et la contextualisation \u2014 pourtant essentielles \u00e0 la compr\u00e9hension des ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux \u2014 deviennent des pratiques risqu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces modifications introduisent \u00e9galement une asym\u00e9trie dans le d\u00e9bat public&nbsp;: certaines critiques politiques deviennent plus risqu\u00e9es que d\u2019autres, certaines interpr\u00e9tations historiques deviennent plus vuln\u00e9rables, certaines cat\u00e9gories deviennent juridiquement sensibles. Cette asym\u00e9trie risque de produire un appauvrissement du d\u00e9bat<strong>,<\/strong> o\u00f9 les acteurs renoncent \u00e0 aborder certains sujets par <strong>crainte de poursuites<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>Analyse philosophique<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Philosophiquement, les modifications introduisent un <strong>droit p\u00e9nal de l\u2019implicite<\/strong>. Elles reposent sur l\u2019id\u00e9e que la parole publique doit \u00eatre moralement encadr\u00e9e, non seulement dans son contenu explicite, mais aussi dans ses effets suppos\u00e9s. Elles r\u00e9duisent l\u2019espace du dissensus, en rendant risqu\u00e9e la mise en perspective historique ou la critique politique. Elles tendent \u00e0 figer certaines interpr\u00e9tations historiques, \u00e0 sanctuariser certains r\u00e9cits, et \u00e0 r\u00e9duire l\u2019espace du pluralisme intellectuel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette logique entre en tension avec la nature m\u00eame de la<strong> pens\u00e9e critique,<\/strong> qui repose sur la comparaison, la mise en perspective, l\u2019interrogation des cat\u00e9gories et la remise en cause des r\u00e9cits \u00e9tablis.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Risques et d\u00e9rives possibles<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce cadre, le renforcement des capacit\u00e9s d\u2019action des associations dans l\u2019engagement des poursuites contribue \u00e0 accentuer la <strong>judiciarisation du d\u00e9bat public<\/strong>. En \u00e9largissant les conditions de recevabilit\u00e9 et d\u2019intervention de ces acteurs, le texte conf\u00e8re un r\u00f4le accru \u00e0 des organisations engag\u00e9es dans la lutte contre le racisme et l\u2019antis\u00e9mitisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si cette \u00e9volution peut se comprendre au regard des objectifs poursuivis, elle soul\u00e8ve n\u00e9anmoins une interrogation plus large quant \u00e0 l\u2019influence d\u2019<strong>acteurs organis\u00e9s<\/strong> dans la d\u00e9finition et l\u2019application de la norme. En effet, certaines associations, telles que le CRIF ou la LICRA, occupent une place structurante dans ce champ et participent activement au d\u00e9bat public ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9laboration des cadres interpr\u00e9tatifs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette perspective, le risque ne r\u00e9side pas uniquement dans l\u2019extension du champ p\u00e9nal, mais \u00e9galement dans la possibilit\u00e9 que des acteurs porteurs d\u2019<strong>int\u00e9r\u00eats sp\u00e9cifiques<\/strong>, m\u00eame l\u00e9gitimes, puissent exercer une influence accrue sur la qualification des discours et sur l\u2019orientation de la norme. Ce glissement interroge le principe selon lequel la loi, en tant qu\u2019expression de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, doit viser \u00e0 prot\u00e9ger l\u2019ensemble du corps social, et non \u00e0 refl\u00e9ter, m\u00eame indirectement, les attentes ou les sensibilit\u00e9s particuli\u00e8res de groupes organis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>Analyse lexicale&nbsp;: une construction discursive orient\u00e9e<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 de son contenu juridique, un texte de loi s\u2019inscrit dans un cadre discursif qui contribue \u00e0 en orienter la compr\u00e9hension. L\u2019analyse du <strong>champ <\/strong><strong>lexical<\/strong> employ\u00e9 dans l\u2019expos\u00e9 des motifs permet ainsi de mettre en \u00e9vidence les ressorts rh\u00e9toriques et les connotations qui structurent la perception du ph\u00e9nom\u00e8ne vis\u00e9. Le langage n\u2019est pas ici neutre&nbsp;: il participe pleinement \u00e0 la construction du raisonnement et \u00e0 la l\u00e9gitimation des \u00e9volutions propos\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette perspective, le vocabulaire mobilis\u00e9 tend \u00e0 instaurer un <strong>climat \u00e9motionnel <\/strong>marqu\u00e9<strong>,<\/strong> fond\u00e9 sur l\u2019urgence, la gravit\u00e9 et la diffusion du ph\u00e9nom\u00e8ne, tout en op\u00e9rant certains rapprochements qui contribuent \u00e0 en orienter l\u2019interpr\u00e9tation. Cette construction discursive, en privil\u00e9giant des registres fortement connot\u00e9s, peut conduire \u00e0 r\u00e9duire la distance critique n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de la norme. Elle interroge, d\u00e8s lors, la capacit\u00e9 de l\u2019expos\u00e9 des motifs \u00e0 se situer pleinement dans un registre de rationalit\u00e9 juridique, au moment m\u00eame o\u00f9 celui-ci devrait constituer le fondement d\u2019une d\u00e9lib\u00e9ration sereine.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Un registre d\u2019urgence et de gravit\u00e9&nbsp;: pr\u00e9parer l\u2019acceptabilit\u00e9 de la norme<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019expos\u00e9 des motifs mobilise un vocabulaire dont la fonction d\u00e9passe la simple description pour structurer la perception du ph\u00e9nom\u00e8ne et orienter le raisonnement. L\u2019usage de termes tels que <strong>\u00ab<\/strong>\u2009insupportable<strong>\u2009\u00bb<\/strong>, <strong>\u00ab\u2009<\/strong>alarmante<strong>\u2009\u00bb<\/strong> ou <strong>\u00ab\u2009<\/strong>pr\u00e9gnante<strong>\u2009\u00bb<\/strong> installe un <strong>registre d\u2019urgence et de gravit\u00e9.<\/strong> Ces qualificatifs ne se limitent pas \u00e0 d\u00e9crire une situation&nbsp;: ils en proposent une lecture normative, qui tend \u00e0 l\u00e9gitimer une intervention rapide et \u00e9tendue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 ce registre s\u2019ajoutent des expressions telles que \u00ab\u2009s\u2019infuse\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009insidieuses\u2009\u00bb, qui d\u00e9crivent un ph\u00e9nom\u00e8ne diffus, difficilement identifiable, et par cons\u00e9quent, difficilement saisissable par les cat\u00e9gories juridiques classiques. Le langage contribue ainsi \u00e0 construire l\u2019<strong>id\u00e9e d\u2019une menace<\/strong> \u00e0 la fois omnipr\u00e9sente et insaisissable, justifiant un \u00e9largissement des outils juridiques.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Une repr\u00e9sentation extensive du ph\u00e9nom\u00e8ne&nbsp;: vers une g\u00e9n\u00e9ralisation implicite<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le verbe \u00ab\u2009prosp\u00e8re\u2009\u00bb sugg\u00e8re une diffusion large du ph\u00e9nom\u00e8ne, y compris dans des espaces tels que les \u00e9coles et les universit\u00e9s. Cette repr\u00e9sentation contribue \u00e0 installer l\u2019id\u00e9e d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne structurel, profond\u00e9ment enracin\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9, et non limit\u00e9 \u00e0 des expressions marginales. Une telle construction discursive tend \u00e0 l\u00e9gitimer une intervention du l\u00e9gislateur dans des domaines traditionnellement prot\u00e9g\u00e9s, notamment la <strong>libert\u00e9 d\u2019expression <\/strong>et la <strong>libert\u00e9<\/strong> <strong>acad\u00e9mique<\/strong>, en sugg\u00e9rant que ces espaces seraient eux-m\u00eames devenus des lieux de diffusion de la haine.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Des glissements s\u00e9mantiques&nbsp;: de la critique \u00e0 la suspicion<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le terme \u00ab\u2009consubstantielle\u2009\u00bb, utilis\u00e9 pour qualifier le lien entre la haine d\u2019Isra\u00ebl et l\u2019antis\u00e9mitisme, joue un r\u00f4le particuli\u00e8rement structurant. Il ne d\u00e9crit pas une simple corr\u00e9lation, mais affirme une identit\u00e9 de nature, r\u00e9duisant la possibilit\u00e9 de distinguer entre critique politique et hostilit\u00e9 envers un groupe. Cette logique est renforc\u00e9e par l\u2019usage de termes tels que \u00ab\u2009pr\u00e9texte\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009d\u00e9l\u00e9gitim\u00e9\u2009\u00bb, qui sugg\u00e8rent que certaines prises de position ne rel\u00e8vent pas du d\u00e9bat l\u00e9gitime, mais d\u2019intentions dissimul\u00e9es. Le langage op\u00e8re ainsi un glissement subtil&nbsp;: il ne se contente plus de qualifier des propos, mais tend \u00e0 en <strong>pr\u00e9sumer l\u2019intention<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Une normativit\u00e9 implicite&nbsp;: l\u2019introduction de cat\u00e9gories interpr\u00e9tatives<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, la notion de \u00ab\u2009banalisation\u2009\u00bb introduit une cat\u00e9gorie \u00e0 forte charge normative. Appliqu\u00e9e \u00e0 des discours ou \u00e0 des comparaisons, elle suppose une appr\u00e9ciation subjective de leur port\u00e9e, susceptible de varier selon les contextes et les interpr\u00e9tations. Ce type de notion, en apparence descriptive, pr\u00e9pare en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019introduction de crit\u00e8res juridiques fond\u00e9s sur l\u2019interpr\u00e9tation. Il participe ainsi \u00e0 la construction d\u2019un cadre dans lequel le passage du <strong>registre moral au registre p\u00e9nal<\/strong> devient progressivement acceptable.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Une construction discursive au service de l\u2019\u00e9volution normative<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pris dans leur ensemble, ces \u00e9l\u00e9ments lexicaux construisent une repr\u00e9sentation du r\u00e9el marqu\u00e9e par l\u2019urgence, la diffusion et la gravit\u00e9, tout en orientant implicitement l\u2019interpr\u00e9tation des ph\u00e9nom\u00e8nes d\u00e9crits. Le langage ne se contente pas d\u2019accompagner la norme&nbsp;: il en constitue l\u2019un des fondements. En instaurant un climat \u00e9motionnel et en op\u00e9rant des rapprochements structurants, l\u2019expos\u00e9 des motifs tend \u00e0 pr\u00e9parer l\u2019acceptabilit\u00e9 d\u2019un \u00e9largissement du cadre p\u00e9nal vers des formes d\u2019expression indirectes. Il contribue ainsi \u00e0 d\u00e9placer le centre de gravit\u00e9 du droit, en rendant concevable \u2014 et l\u00e9gitime \u2014 une <strong>r\u00e9gulation accrue du discours.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s lors, l\u2019analyse lexicale ne constitue pas un simple exercice de style&nbsp;: elle r\u00e9v\u00e8le un moment charni\u00e8re o\u00f9 le langage pr\u00e9c\u00e8de et pr\u00e9pare l\u2019\u00e9volution de la <strong>norme juridique<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>Exemple concret&nbsp;: quand l\u2019analyse devient soup\u00e7onnable<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si l\u2019analyse th\u00e9orique permet de d\u00e9gager les logiques du texte, elle doit \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e par une mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve concr\u00e8te. L\u2019examen d\u2019un cas d\u2019\u00e9cole, inspir\u00e9 des pratiques universitaires et journalistiques, permet d\u2019illustrer de mani\u00e8re tangible les effets potentiels du projet de loi. Il s\u2019agit ainsi de montrer comment un discours relevant de l\u2019analyse peut, au regard du cadre introduit, \u00eatre susceptible de <strong>requalification juridique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour <strong>illustrer<\/strong> mon propos, consid\u00e9rons l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un article de fond dans une publication prestigieuse, un article acad\u00e9mique ou une introduction d\u2019essai universitaire qui commencerait par la phrase suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il est des moments o\u00f9 la pens\u00e9e, pour \u00eatre fid\u00e8le \u00e0 sa vocation, doit embrasser la longue dur\u00e9e. Ainsi, quiconque entreprend de comprendre les convulsions du Proche-Orient est conduit \u00e0 remonter le fil des d\u00e9cennies&nbsp;: la spoliation progressive des terres arabes avant 1948, l\u2019arrachement brutal de la Nakba, les violences commises dans le contexte de la guerre de 1948, puis l\u2019exode qui a fa\u00e7onn\u00e9 la g\u00e9ographie humaine de la r\u00e9gion. De cette histoire, les violences contemporaines ne sont pas d\u00e9tachables. Elles en sont, pour partie, l\u2019\u00e9cho lointain, la r\u00e9verb\u00e9ration tragique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dire cela, pourtant, pourrait demain devenir p\u00e9rilleux. \u00c9crire que les attaques du 7&nbsp;octobre, dans toute leur horreur, ne peuvent \u00eatre comprises sans \u00eatre replac\u00e9es dans cette continuit\u00e9 historique, c\u2019est mobiliser un outil fondamental de la pens\u00e9e&nbsp;: la <strong>contextualisation<\/strong>. C\u2019est rappeler que les \u00e9v\u00e9nements ne surgissent jamais du n\u00e9ant, mais s\u2019inscrivent dans des cha\u00eenes de causalit\u00e9, des m\u00e9moires bless\u00e9es et des territoires disput\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le cadre du projet de loi, une telle analyse pourrait toutefois faire l\u2019objet d\u2019une interpr\u00e9tation diff\u00e9rente. Une association ou une institution telle que celles pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9es pourrait \u00eatre amen\u00e9e \u00e0 en proposer une <strong>lecture juridique alternative<\/strong>. Le propos pourrait ainsi \u00eatre requalifi\u00e9 comme une forme de relativisation ou de minoration, en ce qu\u2019il replacerait un acte criminel dans un r\u00e9cit plus large susceptible d\u2019en att\u00e9nuer la singularit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De m\u00eame, interroger la nature des organisations palestiniennes \u2014 terroristes ou mouvements de r\u00e9sistance asym\u00e9trique \u2014 ou mettre en doute la l\u00e9gitimit\u00e9 des ripostes isra\u00e9liennes pourrait \u00eatre per\u00e7u comme une comparaison <strong>illicite<\/strong>, une analogie <strong>suspecte<\/strong>, voire une <strong>contestation<\/strong> implicite de la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, ce qui rel\u00e8ve de l\u2019analyse pourrait \u00eatre requalifi\u00e9 en insinuation\u2009; ce qui rel\u00e8ve de la nuance pourrait \u00eatre lu comme une minoration\u2009; ce qui rel\u00e8ve de la mise en perspective pourrait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une <strong>banalisation outranci\u00e8re<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019exemple montre, de mani\u00e8re presque p\u00e9dagogique, comment un discours intellectuel, journalistique ou universitaire peut glisser, non par son intention, mais par l\u2019interpr\u00e9tation qui en est faite, du <strong>champ du d\u00e9bat au champ du p\u00e9nal<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Conclusion<\/strong><\/em><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce d\u00e9placement trouve son origine dans une volont\u00e9 affirm\u00e9e de r\u00e9pondre \u00e0 ce que la l\u00e9gislatrice qualifie de \u00ab\u2009formes renouvel\u00e9es de l\u2019antis\u00e9mitisme\u2009\u00bb, caract\u00e9ris\u00e9es notamment par leur expression indirecte ou contextualis\u00e9e. Cette approche repose sur une lecture selon laquelle certaines <strong>critiques du sionisme<\/strong> ou de la politique d\u2019un \u00c9tat pourraient relever d\u2019une m\u00eame dynamique que l\u2019hostilit\u00e9 envers un groupe, position qui a par ailleurs \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9e au plus haut niveau de l\u2019\u00c9tat par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Monsieur E.&nbsp;Macron. Elle contribue ainsi \u00e0 red\u00e9finir les fronti\u00e8res de l&rsquo;exprimable en op\u00e9rant un rapprochement entre critique politique et expression potentiellement r\u00e9pr\u00e9hensible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parall\u00e8lement, l\u2019\u00e9largissement des possibilit\u00e9s d\u2019action ouvertes aux associations accentue la judiciarisation du d\u00e9bat public et conf\u00e8re un r\u00f4le accru \u00e0 des acteurs organis\u00e9s dans la qualification des discours. Si cette \u00e9volution peut s\u2019inscrire dans une logique de protection l\u00e9gitime, elle introduit \u00e9galement un d\u00e9placement plus profond&nbsp;: celui d\u2019une norme dont l\u2019\u00e9laboration et l\u2019application peuvent se trouver <strong>influenc\u00e9es par des groupes <\/strong>structur\u00e9s porteurs d\u2019int\u00e9r\u00eats sp\u00e9cifiques. Ce glissement interroge le principe selon lequel la loi, expression de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, doit demeurer orient\u00e9e vers la protection de l\u2019ensemble du corps social, et non vers la prise en compte prioritaire de sensibilit\u00e9s particuli\u00e8res, aussi l\u00e9gitimes soient-elles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, un tel dispositif, fond\u00e9 sur l\u2019interpr\u00e9tation des propos plus que sur leur contenu explicite, n\u2019est pas, par nature, limit\u00e9 au contexte qui l\u2019a vu na\u00eetre. Il porte en lui la possibilit\u00e9 de s\u2019\u00e9tendre \u00e0 d\u2019<strong>autres champs<\/strong> du d\u00e9bat public, notamment dans l\u2019analyse de situations g\u00e9opolitiques complexes, d\u00e8s lors que la critique, la nuance ou la mise en perspective peuvent \u00eatre requalifi\u00e9es sur le fondement de leur interpr\u00e9tation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le projet de loi marque ainsi un tournant dans l\u2019\u00e9volution du droit de l\u2019expression. L\u00e0 o\u00f9 la loi se fondait sur la sanction de propos explicitement identifiables, elle s\u2019oriente vers une appr\u00e9hension plus diffuse, fond\u00e9e sur <strong>l\u2019implicite<\/strong> et <strong>l\u2019interpr\u00e9tation<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce glissement n\u2019est pas anodin. Il transforme la prudence intellectuelle en <strong>soup\u00e7on<\/strong>, la nuance en <strong>faute<\/strong>, la comparaison en <strong>risque<\/strong>. Il installe, au c\u0153ur du d\u00e9bat public, la tentation d\u2019un encadrement croissant de la pens\u00e9e, o\u00f9 certaines interpr\u00e9tations deviennent progressivement intangibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une d\u00e9mocratie ne se mesure pas seulement \u00e0 ce qu\u2019elle prot\u00e8ge, mais \u00e0 ce qu\u2019elle tol\u00e8re. En voulant <strong>moraliser la parole<\/strong>, le droit prend le risque de refermer l\u2019espace m\u00eame o\u00f9 la pens\u00e9e peut se d\u00e9ployer librement. Et c\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0, plus encore que dans ses dispositions techniques, que r\u00e9side la v\u00e9ritable port\u00e9e de ce texte.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\"><em>Proposition de loi<\/em> :                                                                                                                                                                                                                                                    <em>visant \u00e0 lutter contre les formes renouvel\u00e9es de l\u2019antis\u00e9mitisme (renvoy\u00e9e \u00e0 la commission des lois constitutionnelles, de la l\u00e9gislation et de l\u2019administration g\u00e9n\u00e9rale de la R\u00e9publique, \u00e0 d\u00e9faut de constitution d\u2019une commission sp\u00e9ciale dans les d\u00e9lais pr\u00e9vus par les articles&nbsp;30 et 31 du r\u00e8glement), pr\u00e9sent\u00e9e par&nbsp;: <\/em>(128 d\u00e9put\u00e9s dont la liste est nominative).<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>EXPOS\u00c9 DES MOTIFS<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Mesdames, Messieurs,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Depuis le 7&nbsp;octobre&nbsp;2023, date de l\u2019attaque terroriste du Hamas contre Isra\u00ebl, la France fait face, comme de nombreux pays occidentaux, \u00e0 une insupportable recrudescence de l\u2019antis\u00e9mitism<\/em><em>e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>D\u2019apr\u00e8s les donn\u00e9es du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, durant les 3 mois qui ont suivi ce massacre, le nombre d\u2019actes antis\u00e9mites a \u00e9gal\u00e9 celui des 3 derni\u00e8res ann\u00e9es cumul\u00e9es. Sur le seul premier semestre&nbsp;2024, 887&nbsp;actes antis\u00e9mites ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9s dans notre pays, soit un quasi triplement en un an. Selon les chiffres communiqu\u00e9s par le minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation Nationale, au cours de l\u2019ann\u00e9e scolaire&nbsp;2023\u20112024, les actes \u00e0 caract\u00e8re antis\u00e9mite recens\u00e9s au sein des \u00e9tablissements du premier et second degr\u00e9s ont plus que quadrupl\u00e9, passant de&nbsp;400 \u00e0&nbsp;1&nbsp;670. Cette r\u00e9alit\u00e9 est corrobor\u00e9e par les principales associations engag\u00e9es dans la lutte contre l\u2019antis\u00e9mitisme, qui ont vu exploser le volume de signalements de victimes ou de t\u00e9moins confront\u00e9s \u00e0 des actes antis\u00e9mites.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>De tels actes touchent notre R\u00e9publique en plein c\u0153ur et constituent une atteinte \u00e9vidente \u00e0 la d\u00e9mocratie, \u00e0 l\u2019\u00c9tat de droit et \u00e0 notre pacte social, faisant ressurgir les moments les plus sombres de notre pass\u00e9. Plus de la moiti\u00e9 des actes antis\u00e9mites recens\u00e9s en&nbsp;2023 porte atteinte \u00e0 des personnes (violences physiques, propos ou gestes mena\u00e7ants, tracts et courriers). Alors que les Juifs comptent pour moins de 1&nbsp;% de la population fran\u00e7aise, les agressions antis\u00e9mites repr\u00e9sentent d\u00e9sormais 57&nbsp;% de l\u2019ensemble des agressions racistes et antireligieuses dans le pays.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>De plus, selon une vaste enqu\u00eate publi\u00e9e par l\u2019Agence des droits fondamentaux de l\u2019Union Europ\u00e9enne en juillet dernier, pr\u00e8s de 83&nbsp;% des Juifs interrog\u00e9s disent se sentir oblig\u00e9s de cacher leur identit\u00e9 en France.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Cette dynamique alarmante met en exergue la r\u00e9surgence d\u2019un antis\u00e9mitisme qui, loin d\u2019\u00eatre<\/em> <em>r\u00e9siduelle, constitue une menace pr\u00e9gnante, ancr\u00e9e dans le quotidien de nos concitoyens et suscitant chez eux un profond sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et d\u2019abandon.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Derri\u00e8re ces chiffres se cache un ph\u00e9nom\u00e8ne plus inqui\u00e9tant&nbsp;: la banalisation de l\u2019antis\u00e9mitisme,<\/em> <em>lequel s\u2019infuse dans les consciences d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge et se d\u00e9ploie \u00e0 grande vitesse sous des formes plus insidieuses. Aujourd\u2019hui, la haine antijuive dans notre pays se nourrit de la haine obsessionnelle \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019Isra\u00ebl, r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9l\u00e9gitim\u00e9 dans son existence et criminalis\u00e9. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est exacerb\u00e9 par des esprits extr\u00eames qui, sous pr\u00e9texte d\u2019exprimer leur haine \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un \u00c9tat, sont les instigateurs d\u2019un antis\u00e9mitisme r\u00e9invent\u00e9, que l\u2019on pourrait qualifier de<\/em> <em>\u00ab\u2009 g\u00e9opolitique\u2009 \u00bb. On ne compte plus aujourd\u2019hui&nbsp;\u2013&nbsp;lors de manifestations ou sur les r\u00e9seaux sociaux&nbsp;\u2013&nbsp;le nombre croissant de propos appelant \u00e0 la destruction d\u2019Isra\u00ebl.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>S\u2019il appartient \u00e0 chacun d\u2019avoir une opinion sur la politique men\u00e9e par un \u00c9tat, rien ne saurait justifier sa n\u00e9gation, un appel \u00e0 sa disparition ou \u00e0 son an\u00e9antissement. Si chacun est libre de ses opinions politiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard du gouvernement isra\u00e9lien, rien ne saurait justifier un appel \u00e0 la destruction d\u2019Isra\u00ebl.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Pis encore, la comparaison de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl au r\u00e9gime nazi est devenue monnaie courante. \u00c0 cet \u00e9gard, le terme \u00ab\u2009nazification\u2009\u00bb, employ\u00e9 pour qualifier l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl, l\u00e8ve tous les interdits et l\u00e9gitime les agressions contre les Juifs. Comme l\u2019\u00e9crivait Vladimir Jank\u00e9l\u00e9vitch&nbsp;: \u00ab\u2009Et si les juifs \u00e9taient eux\u2011m\u00eames des nazis&nbsp;? Ce serait merveilleux. Il ne serait plus n\u00e9cessaire de les plaindre&nbsp;: ils auraient m\u00e9rit\u00e9 leur sort \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Cette haine de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl est aujourd\u2019hui consubstantielle \u00e0 la haine des Juifs. L\u2019appel \u00e0 la destruction de cet \u00c9tat, parce qu\u2019il forme un collectif de citoyens juifs, est une mani\u00e8re d\u00e9tourn\u00e9e de s\u2019attaquer \u00e0 la communaut\u00e9 juive dans son ensemble. Le m\u00eame raisonnement s\u2019applique lorsqu\u2019on parle de \u00ab\u2009nazification\u2009\u00bb de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl et de sa population&nbsp;: il s\u2019agit de manifester sa haine \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Juifs. Depuis pr\u00e8s d\u2019un an, cette d\u00e9testation dont fait l\u2019objet Isra\u00ebl est utilis\u00e9e comme pr\u00e9texte pour s\u2019en prendre \u00e0 nos concitoyens juifs, cibles de harc\u00e8lement, d\u2019injures, menaces, crachats, violences physiques, viols, touchant jusqu\u2019\u00e0 nos enfants. Les lieux m\u00e9moriels, culturels et cultuels sont \u00e9galement pris pour cible, comme en t\u00e9moignent les profanations de plaques comm\u00e9moratives ou les incendies survenus aux synagogues de Rouen et de La Grande\u2011Motte en mai et ao\u00fbt&nbsp;2024.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Ces formes renouvel\u00e9es de l\u2019antis\u00e9mitisme&nbsp;\u2013&nbsp;l\u2019appel \u00e0 la destruction d\u2019Isra\u00ebl et sa comparaison \u00e0 un r\u00e9gime nazi&nbsp;\u2013&nbsp;s\u2019enracinent dans les consciences en toute impunit\u00e9, reprenant la rh\u00e9torique de mouvements reconnus comme terroristes, tels que le Hamas ou le Hezbollah. La parole antis\u00e9mite d\u00e9sinhib\u00e9e n\u2019est plus l\u2019apanage des pr\u00e9dicateurs de la haine et de l\u2019extr\u00eame-droite, mais prosp\u00e8re au sein de nos \u00e9coles et universit\u00e9s ou sur internet, au point d\u2019\u00eatre banalis\u00e9e, l\u00e9gitim\u00e9e, stigmatisant Isra\u00ebl de fa\u00e7on d\u2019autant plus injustifi\u00e9e que cet \u00c9tat est le seul de la plan\u00e8te \u00e0 qui l\u2019on interdirait d\u00e9sormais d\u2019exister. Qui remet en cause l\u2019existence de l\u2019\u00c9tat afghan depuis le retour des Talibans&nbsp;? Personne. Qui remet en cause l\u2019existence de l\u2019\u00c9tat iranien depuis le retour des Mollahs&nbsp;? Personne. Seul Isra\u00ebl est ainsi constamment stigmatis\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Ce constat implacable doit nous interroger sur la mani\u00e8re de combattre ces formes renouvel\u00e9es de l\u2019antis\u00e9mitisme qui prosp\u00e8rent dans toutes les sph\u00e8res de la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;: sur internet o\u00f9 des individus&nbsp;\u2013&nbsp;parfois des \u00e9lus&nbsp;\u2013&nbsp;tiennent des propos qui font, en r\u00e9alit\u00e9, l\u2019apologie d\u2019actes de terrorisme\u2009; dans des manifestations o\u00f9 sont scand\u00e9s des slogans antis\u00e9mites ou appels \u00e0 l\u2019intifada.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Une nouvelle \u00e9tape a donc \u00e9t\u00e9 franchie. Dans ce contexte, nous, d\u00e9put\u00e9s, repr\u00e9sentants de la Nation, avons la responsabilit\u00e9 de d\u00e9finir avec clart\u00e9 cet antis\u00e9mitisme moderne pour mieux le combattre, \u00e0 l\u2019instar du choix courageux op\u00e9r\u00e9 en&nbsp;1990, lors de l\u2019adoption de la loi Gayssot, mais aussi de r\u00e9affirmer les valeurs de la R\u00e9publique comme rempart \u00e0 la propagation de cet antis\u00e9mitisme mortif\u00e8re et de poursuivre notre lutte intransigeante contre le terrorisme et son apologie, qui sapent les fondements de notre d\u00e9mocratie et constituent une menace pour la s\u00e9curit\u00e9 de nos concitoyens.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>En&nbsp;2019, la repr\u00e9sentation nationale a pos\u00e9 les jalons de la prise en compte de ce nouvel antis\u00e9mitisme en adoptant une r\u00e9solution destin\u00e9e \u00e0 reconna\u00eetre la d\u00e9finition op\u00e9rationnelle de l\u2019antis\u00e9mitisme de l\u2019Alliance internationale pour la m\u00e9moire de l\u2019Holocauste (IHRA). Cette d\u00e9finition est la suivante&nbsp;: \u00ab\u2009 L\u2019antis\u00e9mitisme est une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine \u00e0 leur \u00e9gard. Les manifestations rh\u00e9toriques et physiques de l\u2019antis\u00e9mitisme visent des individus juifs ou non et\/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte\u2009 \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Au\u2011del\u00e0 du sens strict de cette d\u00e9finition, les exemples qui y sont adoss\u00e9s illustrent de mani\u00e8re<\/em> <em>plus pr\u00e9cise son contenu. Il est ainsi pr\u00e9cis\u00e9 que \u00ab\u2009l\u2019antis\u00e9mitisme peut se manifester par des attaques \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl lorsqu\u2019il est per\u00e7u comme une collectivit\u00e9 juive\u2009\u00bb. Parmi les exemples contemporains d\u2019antis\u00e9mitisme figure \u00e9galement \u00ab\u2009 l\u2019\u00e9tablissement de comparaisons entre la politique isra\u00e9lienne contemporaine et celle des nazis\u2009 \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Si l\u2019adoption de la r\u00e9solution pr\u00e9cit\u00e9e a \u00e9t\u00e9 un pas important pour sensibiliser enseignants, forces de l\u2019ordre et magistrats, son caract\u00e8re non contraignant constitue une limite qu\u2019il nous faut d\u00e9passer et appelle \u00e0 renforcer le cadre juridique existant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>C\u2019est pourquoi, la pr\u00e9sente proposition de loi permettra de renforcer la lutte contre les formes renouvel\u00e9es de l\u2019antis\u00e9mitisme.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>L\u2019article&nbsp;1<\/strong> <\/em><em>pr\u00e9cise, renforce et \u00e9tend le champ du d\u00e9lit de provocation \u00e0 des actes de terrorisme ou d\u2019apologie publique de tels actes, d\u00e9lit pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article&nbsp;421\u20112\u20115 du code p\u00e9nal et punit de cinq ans d\u2019emprisonnement et de 75&nbsp;000&nbsp;euros d\u2019amende. L\u2019article susvis\u00e9 exige aujourd\u2019hui&nbsp;une provocation directe pour caract\u00e9riser ce d\u00e9lit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><u>En premier lieu<\/u>, il est propos\u00e9 de punir \u00e9galement les provocations indirectes, le code p\u00e9nal utilisant fr\u00e9quemment les adverbes \u00ab\u2009directement ou indirectement\u2009\u00bb pour d\u00e9finir divers d\u00e9lits.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><u>En deuxi\u00e8me lieu<\/u>, il est propos\u00e9 de sanctionner&nbsp;:<\/em>                                                                                                                                                                                                                         \u2013 <em>des propos publics pr\u00e9sentant des actes de terrorisme comme une l\u00e9gitime r\u00e9sistance. Cette proposition consacre ainsi la position du garde des Sceaux dans sa circulaire (N\u00b0 NOR&nbsp;: JUSD2327199C) du 10 octobre 2023 relative \u00e0 la lutte contre les infractions susceptibles d\u2019\u00eatre commises en lien avec les attaques terroristes subies par Isra\u00ebl depuis le 7 octobre 2023.<\/em>                                                                                                                                                                                                                      \u2013&nbsp;<em>le fait d\u2019inciter publiquement \u00e0 porter sur des actes de terrorisme ou sur leurs auteurs un jugement favorable. Ainsi, la glorification du terrorisme serait syst\u00e9matiquement sanctionn\u00e9e, conform\u00e9ment \u00e0 la jurisprudence&nbsp;constante (Cass.crim., 27&nbsp;nov. 2018, 17\u201183.602).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><u>En troisi\u00e8me lieu<\/u>, l\u2019article&nbsp;1 pr\u00e9voit un nouveau d\u00e9lit visant \u00e0 r\u00e9primer tous les actes et tous les propos qui ont pour objet ou pour effet de banaliser, de minorer ou de relativiser les actes de terrorisme ou le danger repr\u00e9sent\u00e9 par les auteurs de ces actes. Ce d\u00e9lit serait sanctionn\u00e9 d\u2019un an d\u2019emprisonnement et de 45 000 euros d\u2019amende afin de respecter le principe de proportionnalit\u00e9 des peines.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><u>En quatri\u00e8me lieu,<\/u> l\u2019article&nbsp;1 pr\u00e9voit l\u2019application des dispositions introduites en Nouvelle-<\/em><em>Cal\u00e9donie, en Polyn\u00e9sie fran\u00e7aise et dans les \u00eeles Wallis et Futuna.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><u>En cinqui\u00e8me lieu<\/u>, l\u2019article&nbsp;1 permet de prendre en consid\u00e9ration les dispositions pr\u00e9cit\u00e9es en<\/em> <em>actualisant les crit\u00e8res qui permettent au pr\u00e9fet de prononcer la fermeture des lieux de culte dans lesquels les propos qui sont tenus, les id\u00e9es qui sont diffus\u00e9es ou les activit\u00e9s qui se d\u00e9roulent&nbsp;provoquent \u00e0 la violence ou au terrorisme sous toutes ses formes, m\u00eame les plus insidieuses. Ainsi, le repr\u00e9sentant de l\u2019\u00c9tat pourrait prendre en compte, \u00e0 l\u2019avenir, les discours banalisant des actes de terrorisme ou relativisant le danger repr\u00e9sent\u00e9 par leurs auteurs.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>L\u2019article&nbsp;2<\/strong> pr\u00e9voit un nouveau d\u00e9lit r\u00e9primant le fait de provoquer \u00e0 la destruction ou \u00e0<\/em> <em>la n\u00e9gation d\u2019un \u00c9tat ou de faire publiquement l\u2019apologie de sa destruction ou de sa n\u00e9gation.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>L\u2019article&nbsp;3<\/strong> \u00e9largit les conditions de recevabilit\u00e9 des associations antiracistes qui souhaitent se<\/em> <em>porter partie civile ou engager des poursuites.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><u>En premier lieu<\/u>, cet article permet aux associations de pouvoir se constituer partie civile \u00e0 chaque fois que la circonstance aggravante de racisme et d\u2019antis\u00e9mitisme pr\u00e9vue par l\u2019article&nbsp;132\u201176 du Code p\u00e9nal est retenue.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><u>En second lieu<\/u>, cet article permet aux associations antiracistes de pouvoir se constituer partie<\/em> <em>civile dans le cadre du nouveau d\u00e9lit relatif \u00e0 la provocation \u00e0 la destruction ou \u00e0 la n\u00e9gation d\u2019un \u00c9tat cr\u00e9\u00e9 par la pr\u00e9sente proposition de loi.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Enfin, <\/em><em><strong>l\u2019article&nbsp;4<\/strong> vise \u00e0 pr\u00e9ciser et \u00e9tendre le d\u00e9lit de contestation de la Shoah, en consacrant plusieurs apports essentiels de la jurisprudence.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><u>En premier lieu<\/u>, le dispositif reprend la jurisprudence de la Cour de cassation qui&nbsp;juge que<\/em> l<em>\u2019article&nbsp;24&nbsp;bis&nbsp;de la loi de&nbsp;1881 n\u2019exige pas que les crimes contre l\u2019humanit\u00e9 contest\u00e9s aient \u00e9t\u00e9 exclusivement commis soit par les membres d\u2019une organisation d\u00e9clar\u00e9e criminelle en application de l\u2019article&nbsp;9 du tribunal de Nuremberg, soit par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction fran\u00e7aise ou internationale, mais qu\u2019il suffit que les personnes ainsi d\u00e9sign\u00e9es les aient d\u00e9cid\u00e9s ou organis\u00e9s, m\u00eame si leur ex\u00e9cution mat\u00e9rielle a \u00e9t\u00e9, partiellement ou compl\u00e8tement, le fait de tiers. Ainsi, tomberait clairement sous le coup de la loi la contestation du r\u00f4le de Vichy dans l\u2019arrestation et la d\u00e9portation des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.&nbsp;Cette r\u00e9daction s\u2019inspire directement de la jurisprudence de la Cour de cassation (Cass.crim., 24&nbsp;mars 2020, n\u00b0&nbsp;19\u201180.783&nbsp;: affaire Henry de Lesquen\u2009; Cass.crim., 5&nbsp;sept. 2023, n\u00b0&nbsp;22\u201183.953, publi\u00e9 au bulletin&nbsp;: affaire Zemmour).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><u>En second lieu<\/u>, le texte pr\u00e9cise que cette contestation peut consister en une n\u00e9gation, minoration, relativisation ou banalisation outranci\u00e8re et qu\u2019elle est punissable m\u00eame si elle est pr\u00e9sent\u00e9e sous forme d\u00e9guis\u00e9e, dubitative, par voie d\u2019insinuation ou de comparaison, d\u2019analogie ou de rapprochement.&nbsp;Seraient ainsi punissables des propos qui, m\u00eame sans remettre en cause la r\u00e9alit\u00e9 de la Shoah, minimisent et banalisent les souffrances des victimes et leurs conditions de vie dans les camps. De m\u00eame, la comparaison de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl au r\u00e9gime nazi serait de ce fait sanctionn\u00e9e comme une banalisation outranci\u00e8re de la Shoah. Cette r\u00e9daction s\u2019inspire directement de la jurisprudence de la Cour de cassation (Cass.crim., 19&nbsp;oct. 2021, n\u00b0&nbsp;20\u201184.127\u2009; Cass.crim., 12&nbsp;sept. 2000, n\u00b0&nbsp;98\u201188.200).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><u>En troisi\u00e8me lieu<\/u>, cet article pr\u00e9voit l\u2019application des dispositions pr\u00e9cit\u00e9es dans les \u00eeles Wallis et Futuna, en Polyn\u00e9sie fran\u00e7aise, en Nouvelle\u2011Cal\u00e9donie et dans les Terres australes et antarctiques fran\u00e7aises.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Proposition de loi&nbsp;: <\/em>(\u2026) Suivent les quatre articles modifi\u00e9s que l\u2019on peut trouver sur le site en ligne de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale o\u00f9 figurent les noms des 128 d\u00e9put\u00e9s qui proposent la loi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a9 Bettina Flores, 29 avril 2026.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le colonel Jean-Jacques B\u00e9nomard nous explique les dangers pour la libert\u00e9 d\u2019expression que comporte le projet de la loi Yadan dont le texte va \u00eatre d\u00e9battu en s\u00e9ance publique le 22 juin\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":2692,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-2680","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-societale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2680","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2680"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2680\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2716,"href":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2680\/revisions\/2716"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2692"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2680"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2680"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2680"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}