{"id":818,"date":"2025-07-09T08:00:00","date_gmt":"2025-07-09T06:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/?p=818"},"modified":"2025-07-08T12:38:14","modified_gmt":"2025-07-08T10:38:14","slug":"chefchaouen-un-guernica-oublie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/tribunepopulaire.com\/?p=818","title":{"rendered":"Chefchaouen, un Guernica oubli\u00e9."},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"932\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/tribunepopulaire.com\/voyager\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2-2-932x1024.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-824\" style=\"width:350px\" srcset=\"https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2-2-932x1024.webp 932w, https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2-2-273x300.webp 273w, https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2-2-768x844.webp 768w, https:\/\/tribunepopulaire.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2-2.webp 1363w\" sizes=\"auto, (max-width: 932px) 100vw, 932px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un crime colonial m\u00e9connu<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 17 septembre 1925, la paisible ville de Chefchaouen, nich\u00e9e dans les montagnes du nord du Maroc, fut la cible d\u2019un bombardement a\u00e9rien d\u2019une violence inou\u00efe. Cet acte de guerre, perp\u00e9tr\u00e9 en pleine Guerre du Rif, n\u2019est pas l\u2019\u0153uvre d\u2019une arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re, mais d\u2019une escadrille de mercenaires am\u00e9ricains, anciens membres de la c\u00e9l\u00e8bre escadrille Lafayette, engag\u00e9s par la France pour mater la r\u00e9sistance rifaine men\u00e9e par Abdelkrim El-Khattabi. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chefchaouen, alors peupl\u00e9e d\u2019environ 7 000 habitants, \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme une ville sainte, riche de ses mosqu\u00e9es et de ses sanctuaires. L\u2019objectif du bombardement \u00e9tait clair : terroriser la population des Jbala pour l\u2019emp\u00eacher de rejoindre la lutte anticoloniale. Sous le commandement de Charles Sweeny, 17 pilotes am\u00e9ricains, agissant contre l\u2019avis de leur propre gouvernement, largu\u00e8rent leurs bombes sur la ville, causant d\u2019importants d\u00e9g\u00e2ts mat\u00e9riels et de nombreuses victimes civiles, bien que le bilan exact reste inconnu.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La responsabilit\u00e9 des mercenaires am\u00e9ricains<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019implication de ces pilotes am\u00e9ricains, recrut\u00e9s pour leur exp\u00e9rience acquise lors de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, est un fait historique trop souvent pass\u00e9 sous silence. L\u2019escadrille, baptis\u00e9e \u00ab ch\u00e9rifienne \u00bb pour l\u2019occasion, fut cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l\u2019initiative de Sweeny et valid\u00e9e par le gouvernement fran\u00e7ais de Paul Painlev\u00e9. Les Am\u00e9ricains, \u00e9quip\u00e9s et pay\u00e9s par le sultan Moulay Youssef, men\u00e8rent une centaine de missions de bombardement entre ao\u00fbt et octobre 1925, participant activement \u00e0 la r\u00e9pression coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette intervention \u00e9trang\u00e8re, en violation de la neutralit\u00e9 am\u00e9ricaine, fut d\u00e9nonc\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque par l\u2019opinion publique des \u00c9tats-Unis, mais elle n\u2019emp\u00eacha pas ces mercenaires de semer la mort au service d\u2019int\u00e9r\u00eats coloniaux. Paul Ayres Rockwell, l\u2019un des pilotes, \u00e9crira plus tard son malaise face \u00e0 la beaut\u00e9 de la ville qu\u2019il venait de bombarder, mais ce t\u00e9moignage ne saurait effacer la responsabilit\u00e9 de l\u2019escadrille dans ce massacre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Chefchaouen et Guernica : deux trag\u00e9dies, deux m\u00e9moires<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bombardement de Chefchaouen pr\u00e9c\u00e8de de plus d\u2019une d\u00e9cennie celui de Guernica, en Espagne, immortalis\u00e9 par Picasso. Pourtant, si Guernica est devenu le symbole universel de la barbarie a\u00e9rienne et de la souffrance des civils, Chefchaouen demeure dans l\u2019ombre de l\u2019histoire. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les deux \u00e9v\u00e9nements partagent pourtant de nombreux points communs :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Cibles civiles<\/strong>&nbsp;: dans les deux cas, des populations innocentes furent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment vis\u00e9es pour briser leur r\u00e9sistance.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Bombardement a\u00e9rien<\/strong>&nbsp;: l\u2019utilisation de l\u2019aviation pour terroriser et punir des villes enti\u00e8res.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Dimension symbolique<\/strong>&nbsp;: Guernica, ville basque, et Chefchaouen, ville sainte marocaine, furent choisies pour leur valeur morale et identitaire.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">  Mais l\u00e0 o\u00f9 Guernica a \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9e en mythe, Chefchaouen reste un non-dit, un tabou de la m\u00e9moire coloniale. Picasso a su, par son art, transformer le drame espagnol en cri universel contre la guerre. Rien de tel n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait pour Chefchaouen, dont le nom n\u2019\u00e9voque, pour beaucoup, qu\u2019une destination touristique, et non le th\u00e9\u00e2tre d\u2019un crime de guerre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019oubli dans l\u2019enseignement marocain<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est frappant de constater que, pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle apr\u00e8s les faits, la majorit\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves marocains ignore tout du bombardement de Chefchaouen et, plus largement, de la Guerre du Rif. Ce conflit, pourtant fondateur dans l\u2019histoire de la r\u00e9sistance anticoloniale, n\u2019occupe qu\u2019une place marginale dans les manuels scolaires. Les raisons de cet oubli sont multiples : g\u00eane post-coloniale, volont\u00e9 d\u2019apaisement diplomatique, ou simple n\u00e9gligence m\u00e9morielle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet effacement contraste avec la place accord\u00e9e \u00e0 d\u2019autres trag\u00e9dies, comme Guernica, dans l\u2019enseignement international. Il interroge sur la capacit\u00e9 d\u2019un peuple \u00e0 se r\u00e9approprier son histoire, \u00e0 transmettre la m\u00e9moire de ses luttes et de ses souffrances. Comment comprendre que le massacre de Chefchaouen, perp\u00e9tr\u00e9 par des mercenaires \u00e9trangers, soit si peu connu, alors qu\u2019il incarne l\u2019une des pages les plus sombres de la domination coloniale au Maroc ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bombardement de Chefchaouen, loin d\u2019\u00eatre un simple \u00e9pisode de la Guerre du Rif, est un symbole puissant de la violence coloniale et de l\u2019impunit\u00e9 des puissances \u00e9trang\u00e8res. Il rappelle que l\u2019histoire n\u2019est pas seulement faite de grandes batailles, mais aussi de drames humains occult\u00e9s, de m\u00e9moires bless\u00e9es et de silences impos\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un crime colonial m\u00e9connu Le 17 septembre 1925, la paisible ville de Chefchaouen, nich\u00e9e dans les montagnes du nord du Maroc, fut la cible d\u2019un bombardement a\u00e9rien d\u2019une violence inou\u00efe. 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