
La Vague ( Die Welle , 2008), réalisé par Dennis Gansel, est un film allemand qui explore la montée possible d’un mouvement autocratique, même dans une société moderne et avertie. Ce film, devenu une référence dans les programmes scolaires, est directement inspiré d’une expérience authentique, menée dans un lycée californien en 1967 et connu sous le nom de « Troisième Vague ».
L’histoire vraie : l’expérience de la Troisième Vague
Le film s’inspire d’un événement réel qui se déroula au lycée Cubberley, à Palo Alto, Californie, en avril 1967. Cette expérience fut initiée par Ron Jones, un jeune professeur d’histoire, désireux de répondre à la question de ses élèves :
« Comment le peuple allemand at-il pu laisser s’installer la dictature nazie sans réagir ? » Incapable de donner une réponse théorique convaincante, il décide de leur faire « vivre » l’expérience de l’intérieur.

Déroulement de l’expérience : Sur cinq jours , Ron Jones a mis en place un mouvement à partir de principes simples : discipline, unité, action. Il institua des règles strictes, une posture, un salut, des cartes de membres et nomma des élèves « informateurs » chargés de surveiller leurs pairs. L’expérience souligne les avantages manifestes de la discipline et du sentiment d’appartenance ; rapidement, elle s’est étendue au-delà de la salle de classe : plus de 200 étudiants se sont rassemblés autour du mouvement, tandis que les attitudes d’exclusion et de « contrôle » se sont intensifiées.
Certains élèves devinrent zélés et intimidèrent ou dénoncèrent les non-conformistes, provoquant un climat d’angoisse et d’obéissance aveugle. Ron Jones, effrayé par l’ampleur prise par l’expérimentation, y mit fin brutalement, révélant à ses élèves la portée symbolique de ce qu’ils avaient vécu : « Vous avez rejoué, en miniature, les mécanismes du fascisme ».
L’expérience montre que les mécanismes autoritaires et totalitaires peuvent resurgir, même dans des communautés censées être consciencieuses des dérives du passé. En ce sens, la mission du film et de l’histoire originale est avant tout préventif : interroger la fragilité de la démocratie et rappeler que le fanatisme peut réapparaître dès qu’on affaiblit l’esprit critique, valorise l’obéissance aveugle et encourage l’exclusion de l’autre.
Mécanismes communs : de la fiction à la réalité
Définition de l’autocratie et du contexte favorable à une autocratie dans le film « La Vague ».
Définition de l’autocratie dans le film :
- Un leader unique qui détient toute l’autorité : Rainer Wenger incarne le chef dont les décisions sont incontestables.
- Discipline stricte et obéissance imposée par des règles précises : les élèves doivent suivre des codes (uniforme, salut, posture).
- Uniformisation : adoption de l’uniforme (chemise blanche), effacement des différences individuelles.
- Identité collective : le groupe se définit par un nom, un symbole, un salut qui fédèrent et excluent les non-membres.
Définition du contexte favorable à une autocratie :
- Un taux de chômage élevé et des injustices sociales.
- Un fort taux d’inflation.
- Le dégout envers les politiques.
Le pass sanitaire : un laboratoire du contrôle social
L’extension du pass sanitaire, annoncée par Emmanuel Macron le 12 juillet 2021, constitue un tournant dans la restriction des libertés fondamentales. Initialement limité aux « grands rassemblements », ce dispositif s’est progressivement étendu à l’ensemble de la vie quotidienne : restaurants, transports, centres commerciaux, lieux culturels. Cette mesure, adoptée « presque en catimini » par la voie d’un amendement du gouvernement, illustre parfaitement les mécanismes d’acceptation progressive de l’autorités décrites dans « La Vague ».

Dans le film les élèves acceptent d’abord des règles mineures avant de s’enfoncer dans l’obéissance aveugle, la population française a progressivement intégré l’idée qu’il était normal de présenter un QR code pour accéder aux activités de la vie courante.
L’exclusion des dissidents : Les membres de « La Vague » excluent progressivement tous ceux qui ne se rallient pas à leur mouvement. Lors de la mise en place du pass sanitaire les quelques voix qui se sont élevées pour dénoncer cette dérive ont été marginalisées et qualifiées d’égoïstes, d’antivax ou associées à l’extrême droite.
Le SNU : l’embrigadement de la jeunesse
Le Service National Universel annoncé par Emmanuel Macron dès 2017 et expérimenté depuis 2019 reproduit fidèlement les mécanismes d’embrigadement décrits dans « La Vague ». Présenté comme un dispositif de « cohésion nationale » et de « culture de l’engagement », le SNU impose aux jeunes un séjour de cohésion de 12 jours caractérisé par un encadrement militaire, le port d’uniformes, le levier des couleurs, et des activités principalement liées à l’armée et aux « corps en uniforme ».

L’uniforme comme facteur d’uniformisation : Dans « La Vague », l’adoption d’un uniforme blanc marque un tournant décisif dans l’embrigadement des élèves. Cette standardisation vestimentaire efface les différences individuelles et crée un sentiment d’appartenance au groupe. De manière similaire, le SNU impose aux jeunes participants le port d’un uniforme qui participe à cette logique d’uniformisation. Cette obsession de l’uniforme n’est pas anodine : elle constitue le premier pas vers l’effacement de l’individualité au profit du collectif.
Extraits du film « La vague » et extrait vidéo du SNU.
Les témoignages d’anciens participants parlent d’un climat de « bourrage de crâne », de compétitivité imposée et de discipline quasi-militaire. Rayane, jeune lycéen ayant participé au SNU, évoque « peu de cohésion durant ce séjour » et dénonce le « côté bourrage de crâne » ainsi que « une compétitivité constante, imposée par le cadre ». Ces éléments rappellent directement l’atmosphère décrite dans « La Vague » où la discipline et l’esprit de groupe priment sur l’épanouissement individuel.
La généralisation prévue du SNU pour 2026 suscite une vive opposition, des syndicats enseignants qui y voient « l’expression d’une conception de l’éducation à suivre la citoyenneté et qui fait de l’organisation militaire un modèle » et « un dispositif de domestication ».
Les parallèles entre « La Vague » et la situation française révèlent un processus insidieux de normalisation de l’autoritarisme. Comme dans l’expérience de Ron Jones, ce qui commence par des mesures présentées comme temporaires et nécessaires (« pour la santé publique », « pour la cohésion nationale ») finit par s’institutionnaliser et devenir la norme. La leçon de « La Vague » reste d’une actualité brûlante : une société démocratique n’est jamais définitivement à l’abri de l’autoritarisme.