
Sun Tzu dans L’art de la guerre1 qui remonte à 2 500 ans, nous invite à la réflexion en cette période de conflit. Cinq points-clé2 se dégagent de son traité, la connaissance de son ennemi, la préparation avant l’action, la force qu’est l’adaptabilité, l’importance de la stratégie, la subtilité et la ruse, qui peuvent donner une grille de lecture de la situation actuelle :
Connaître son ennemi
La perspective : Comprendre l’autre nous donne un avantage afin d’anticiper ses actions, déjouer ses plans ou de collaborer plus efficacement.
L’empathie : Savoir se mettre à la place de l’autre est une compétence essentielle, que ce soit dans les relations professionnelles ou personnelles, elle favorise la communication et la compréhension mutuelle.
L’auto-réflexion : Parfois notre adversaire est nous-mêmes. Comprendre nos propres faiblesses, peurs et motivations nous permet de progresser et de surmonter les obstacles internes.
La préparation : Lorsque nous connaissons bien l’autre, nous pouvons mieux nous préparer. Qu’il s’agisse de négocier un contrat, de résoudre un conflit ou de persuader un auditoire, la connaissance de l’autre est un atout inestimable.
Y a-t-il une incompréhension de l’autre chez les Américains et les Israéliens, qui aurait permis aux Iraniens de déjouer leurs plans et d’anticiper leurs actions ? Le bombardement d’une école, d’après l’UNICEF qui a tué 168 personnes en grande majorité des écolières de sept à douze ans, 175 morts dont 14 enseignants pour les autorités iraniennes, d’une dizaine d’hôpitaux, montre une incompétence stratégique des Occidentaux qui n’ont pas une compréhension socio-culturelle du peuple iranien et encore moins d’empathie à leur égard en s’en prenant à des civils.
Ils ne sont pas capables de reconnaître leurs propres lacunes qu’elles soient militaires, géo-politiques, anthropologiques, face aux dirigeants d’un pays déterminés à protéger leur population et leur souveraineté à tout prix. Le manque de préparation de cette agression est la preuve de leur connaissance de l’autre limitée.
La préparation avant l’action
Connaître son objectif : La première étape est de définir clairement ce que l’on souhaite accomplir. Sans but clair, même le meilleur des plans est voué à l’échec.
Analyser ses ressources : Quels sont les outils, les compétences dont on dispose ? Savoir ce que l’on a en main est essentiel pour déterminer comment l’utiliser au mieux.
Évaluer les défis : Tout parcours comporte des obstacles. Les identifier à l’avance permet de les anticiper et de se préparer à les surmonter.
Une planification détaillée : Une fois que tout est clair, le plan peut être établi. C’est l’itinéraire, étape par étape, qui mènera à l’objectif.
Que souhaitent les belligérants, instaurer la démocratie en Iran, faire main basse sur le pétrole ou neutraliser une zone géographique perçue comme menaçante ? L’objectif n’est pas franchement clair ou alors il est multiple.
Les Américains et les Israéliens ont surestimé leur force de frappe à l’aide de missiles et sous-estimé celle des Iraniens (le dôme de fer rendu inopérant, les attaques de drones ciblées et incessantes sur les villes israéliennes). Le défi lancé à l’Iran a été mal évalué, la fermeture du détroit d’Ormuz non anticipée, les destructions des bases militaires américaines dans les pays arabes voisins ainsi que de leurs installations industrielles, non prévues.
L’objectif prétendu par Donald Trump d’une guerre courte, un Blitzkrieg, ne peut pas être atteint. Les forces américano-israéliennes sont obligées d’ajuster leur stratégie face à la résistance inattendue de l’Iran. Elles manquent de réactivité confrontées à la persévérance des Iraniens qui, malgré une certaine opposition au régime dans le pays, se fédèrent contre l’ennemi en sachant faire preuve de flexibilité. Le patriotisme iranien n’a pas été pris en compte.
La force est l’adaptabilité
L’adaptabilité : Que ce soit un champ de bataille comme un lancement de projet, elle est vitale. Comme l’eau change de forme selon son contenant, être adaptable signifie reconnaître que chaque situation est unique. Il ne s’agit pas de suivre un plan rigide, mais d’ajuster sa stratégie en fonction des circonstances.
La réactivité : Les situations changent. Des défis inattendus peuvent surgir. Être réactif, c’est reconnaître un changement et agir rapidement pour le tourner à son avantage.
La persévérance : L’eau, goutte après goutte, peut éroder la pierre la plus dure. Dans la poursuite d’objectifs, une persévérance similaire est souvent nécessaire.
La flexibilité : Tout comme l’eau peut être à la fois vapeur, liquide et glace, nous devons être prêts à adopter différents rôles et approches en fonction des besoins. C’est la notion de fluidité.
La force ou la compétence ne suffit pas. Il faut comprendre et interagir avec le monde autour de soi.
Les Iraniens ont su adapter leur riposte en fonction de la situation et relever le défi grâce à leur grande réactivité et leur flexibilité. Ils persévèrent dans la volonté d’annihiler tout danger sur leur territoire. C’est la raison pour laquelle ils ont refusé la demande récente de cessez-le-feu de Donald Trump. Ils font preuve de fluidité dans leur approche en s’adaptant aux enjeux du moment.
L’importance de la position stratégique
Choisir le bon moment : Tout comme il y a un temps pour agir et un temps pour attendre, reconnaître le moment propice est crucial pour maximiser ses chances de succès.
Reconnaître le terrain : Comprendre l’environnement dans lequel nous évoluons, permet d’exploiter ses avantages et de minimiser ses inconvénients. Cela peut se traduire par exemple par une connaissance du marché ou des tendances actuelles.
Alignement des forces : Assurons-nous que nos compétences, ressources et désirs sont en harmonie avec notre position. Lorsqu’il y a un alignement, les défis deviennent plus gérables et les victoires plus probables.
Prévoir les changements : Les situations évoluent. Une position stratégique aujourd’hui peut ne pas l’être demain. Être vigilant et prêt à s’ajuster est essentiel. Une position stratégique est une combinaison d’opportunité, de préparation et d’adaptabilité.
Les Iraniens ont su attendre le moment opportun pour réagir, celui d’une attaque ennemie, en s’y préparant à l’avance et en s’adaptant de façon adéquate. Ils sont sur leur terrain en position de force, ce qui leur donne un avantage indéniable sur leurs adversaires qui eux, ont eu une mauvaise évaluation et compréhension de l’environnement ennemi.
Donald Trump a sous-estimé le refus de la guerre par la majorité de sa base électorale MAGA, qui n’est pas en harmonie avec la position qu’il a choisie. Les ressources militaires iraniennes pour riposter sont alignées face au défi qui est lancé. C’est ce qui fait que les Iraniens ont de fortes chances de sortir vainqueurs du conflit. Les forces occidentales n’ont pas prévu les changements stratégiques des Iraniens après l’attaque des douze jours en juin 2025 et leurs capacités d’adaptation.
La subtilité et la ruse
Éviter le conflit direct : L’affrontement frontal n’est pas toujours la meilleure solution. Parfois, contourner un obstacle ou utiliser la diplomatie peut s’avérer plus efficace.
Utiliser l’élément de surprise : Dans nos projets et ambitions, surprendre par une approche innovante ou une idée originale peut donner un avantage décisif.
Comprendre les motivations : En sachant ce qui motive les autres, on peut les guider ou les influencer subtilement vers un résultat souhaité. Cela s’applique autant aux négociations qu’à la gestion d’équipe.
Être imprévisible : Dans un monde saturé d’informations, sortir du lot demande de la créativité. L’imprévisibilité, lorsqu’elle est bien maîtrisée, peut captiver et engager.
Écouter plus que parler : La discrétion et l’écoute active sont des outils puissants. Elles nous fournissent des informations précieuses tout en gardant nos propres intentions en retrait. La subtilité repose sur la discrétion.
L’option diplomatique a été écartée par les belligérants : c’est une erreur stratégique. Le conflit a été déclenché alors que des négociations étaient en cours. L’élément de surprise n’a pas fonctionné car les Iraniens se préparent à la guerre depuis des années. La stratégie américano-israélienne a été mal pensée, les motivations iraniennes n’ont pas été prises en compte, leur imprévisibilité mal appréhendée.
En comprenant leurs revendications, la levée de l’embargo économique en échange de l’arrêt du nucléaire militaire (que le précédent guide suprême avait interdit), les négociations auraient pu aboutir.
Les intentions des forces occidentales étaient parfaitement prévisibles pour les Iraniens. Le manque d’écoute des Occidentaux et la discrétion des dirigeants iraniens sur leur stratégie de défense, expliquent que le conflit s’enlise. La subtilité et la ruse iraniennes ont dépassé les évaluations trop optimistes des Occidentaux sur la supposée mise au pas de l’Iran. La décapitation des responsables du régime qui ont été tués, n’a pas eu l’effet escompté.
Pour finir…
Que ce soit bien clair, je n’adhère pas au régime des Mollahs qui n’est pas une démocratie et dont la répression s’exerce durement sur tout dissident. Je m’oppose à l’ingérence dans un pays étranger quel qu’il soit, en portant atteinte à sa souveraineté.
On connaît les nombreux coups d’état, renversements de régime fomentés par les États-Unis directement ou en armant des milices à leur service, en Amérique latine depuis toujours (cf. l’enlèvement récent du président vénézuélien Nicolas Maduro) et ailleurs dans le monde. Leur politique étrangère au Moyen-Orient est un échec patent depuis des décennies, en ayant fait des millions de morts. En Afghanistan, ils ont chassé les Talibans et les Talibans les ont chassés… en devenant encore plus forts (les petites filles ont interdiction d’aller à l’école, illettrées à vie).
Dans leur arrogance infinie, les Occidentaux ont oublié que les Perses ont inventé le jeu éminemment stratège d’échecs. Dans l’Antiquité, les Romains, ennemis historiques des Perses pendant des siècles, n’ont jamais réussi à les vaincre. Leurs velléités impérialistes expansionnistes se sont arrêtées aux portes de l’ancienne Perse.
Gageons que la même chose arrive aux Américains et aux Israéliens face à l’Iran dont le peuple est le seul habilité à faire sa propre révolution, comme il l’a déjà fait par le passé. La coalition américano-israélienne devrait en prendre acte, surtout les États-Unis dont la situation économique et sociale va particulièrement mal et Israël à la politique expansionniste qui bombarde Gaza et le Sud du Liban et dont la population est attaquée en retour par l’Iran.
Est-ce que l’homme à la mèche ébouriffée, entouré de faucons va enfin retrouver la raison ? Les midterms approchent pour Donald Trump et réélire un président dont le programme a été de prêcher la paix pour mieux faire la guerre… ne semble pas enthousiasmant pour quantités d’Américains en proie à des difficultés au quotidien et qui voient des milliards investis dans une guerre absurde, qui ne les concerne pas.
On ne pouvait pas faire mieux pour remettre au goût du jour le nucléaire militaire iranien. Après tout, la Corée du Nord qui est une dictature féroce, a la bombe atomique et du coup, n’est inquiétée par personne…
Aussi, L’art de la guerre de Sun Tzu devrait nous apprendre à l’éviter toujours plus et à le transformer en art de la paix. On en est loin. Avec une amie, on se disait que la guerre, c’est bien un truc de mecs…
1 : Sun Tzu, L’art de la guerre, Paris, Flammarion, 2017.
2 : Martin de Koober, L’art de la guerre en 5 points clés, https://discover.koober.com, 1er octobre 2023.
© Bettina Flores, 12 mars 2026.

