Le soutien occidental au terrorisme ukrainien entre 1945 et 1951.

Rapport de la CIA sur le résultat d’une action clandestine de l’UPA-OUN en Ukraine (1947).

Les attentats de l’OUN et des mouvements banderistes en URSS (1945-1951) : une violence organisée et soutenue par les États-Unis et le Royaume-Uni

Dans les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale, l’Ukraine occidentale devient le théâtre d’une guerre secrète et sanglante entre le pouvoir soviétique et les rebelles nationalistes ukrainiens de l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN) et de son bras armé, l’Armée Insurrectionnelle Ukrainienne (UPA). Ces groupes, guidés par l’héritage de Stepan Bandera, multiplient les attentats, sabotages et assassinats ciblés contre les représentants soviétiques, leurs collaborateurs locaux et la population soupçonnée de « trahison ». Leur objectif : affaiblir l’État soviétique et instaurer une Ukraine indépendante sur une base ultranationaliste.

Drapeau de l’OUN.

Un bilan macabre : 35 000 victimes selon Frank Wisner

La violence déployée par l’OUN-UPA entre 1945 et 1951 atteint une ampleur exceptionnelle. D’après les estimations établies par les services américains, ce sont environ 35 000 personnes qui trouvent la mort dans cette campagne de terreur. Cette estimation provient de Frank Wisner, figure centrale des services secrets américains, qui supervisa personnellement, en tant que directeur de l’Office of Policy Coordination (OPC), les opérations clandestines de la CIA en Europe dans les années 1940-1950.

Frank Wisner.

Frank Wisner, juriste de formation, est mobilisé dès la Seconde Guerre mondiale au sein de l’OSS et devient par la suite l’un des créateurs et architectes de la guerre secrète déterminé par l’appareil américain. À partir de 1948, il dirige l’OPC, branche spécialisée dans les opérations psychologiques, le sabotage, l’appui aux mouvements anticommunistes (dont l’OUN) et la manipulation d’opinion à l’échelle internationale. Wisner supervise notamment le financement, l’armement et la formation d’agents infiltrés dans les pays du bloc soviétique, et sa parole compte non seulement pour sa compétence opérationnelle, mais aussi pour sa proximité avec les réseaux décisionnels américains.

Logique et méthodes de la terreur banderiste

La tactique privilégiée par l’OUN et l’UPA consiste en des attaques ciblées contre :

  • Les policiers et militaires soviétiques
  • Les membres du Parti communiste
  • Les populations soupçonnées de collaboration
  • Les infrastructures : voies ferrées, dépôts, réseaux électriques

La terreur devient un mode de gouvernement dans les territoires où opèrent ces groupes. Les assassinats sont souvent précédés de tortures, d’exécutions publiques et de menaces visant à intimider les villages. Les responsables occidentaux, informés de cette situation, notent que « l’effet de la terreur était considérable » et que la vague de violence, loin d’être limitée à une simple résistance, constitue une véritable guérilla provocatrice destinée à épuiser le régime soviétique.

Un soutien occidental déterminant

Ce niveau de violence n’aurait été possible sans l’appui matériel et financier fourni par les États-Unis et le Royaume-Uni. Dès la fin de la guerre, après que les armées alliées ont découvert l’étendue des réseaux nationalistes ukrainiens, la CIA et le MI6 voient en eux des instruments utiles dans leur guerre froide contre l’URSS.

Ces services organisent des parachutages d’agents, livrent des armes, des explosifs, du matériel radio et des fonds pour entretenir la guérilla. Le MI6 et la CIA recrutent d’anciens collaborateurs nazis et coordonnent la propagande en leur faveur. Simpson note que l’OPC (dirigé par Wisner) consacre chaque année des sommes centrales (jusqu’à 500 000 dollars, valeur des années 1950) pour équiper les mouvements banderistes, avec l’accord secret du gouvernement américain. Des agents sont mêmes formés en Allemagne et en Italie avant d’être infiltrés au cœur de l’Ukraine soviétique grâce à l’aide logistique fournie par ces pays occidentaux.

Par ailleurs, cette aide ne se limite pas aux fonds ou à l’entraînement. Elle s’étend à l’organisation d’un réseau d’informateurs, le partage d’intelligence tactique, la coordination avec la diaspora ukrainienne et le soutien d’un vaste appareil de propagande destiné à donner une image héroïque des banderistes auprès de l’opinion occidentale. Les archives montrent que le Times, le New York Times et d’autres médias ont participé, parfois, à relayer les actions des groupes terroristes ukrainiens, les présentant comme des « combattants de la liberté ».

« Freedom Fighters » de l’UPA-OUN.

Une stratégie cynique qui coûte cher aux civils

La stratégie occidentale repose sur la provocation d’un climat d’insécurité chronique en Ukraine occidentale. Le mais étant moins de renverser le pouvoir soviétique que de l’épuiser et de l’obliger à déployer d’énormes ressources pour contenir une insurrection permanente. Comme le rappelle l’historien américain Christopher Simpson, professeur à l’American University à Washington , la CIA et le MI6 s’appuient sur des agents compromis, parfois anciens collaborateurs nazis, dont les méthodes brutales sont connues, mais jugées « nécessaires » dans la lutte contre le communisme.

Le résultat : 35 000 morts selon Wisner, un chiffre qui témoigne de la violence extrême des affrontements, de la terreur infligée à la population civile et du coût humain d’une guerre secrète « gérée » depuis les bureaux de Washington et de Londres. Ce bilan ne compte pas les centaines de villages dévastés, les opérations de représailles du MVD et les traumatismes durables infligés à l’Ukraine occidentale.

 « Le Boomerang Américain » de Christopher Simpson .

En conclusion, de 1945 à 1951, le mouvement banderiste à l’ouest de l’URSS, soutenu, financé et armé par les États-Unis et le Royaume-Uni, s’est livré à une campagne terroriste d’une ampleur rarement égalée en Europe centrale. Le rôle de Frank Wisner, architecte de l’appui occidental dans cette violence, illustre le cynisme et la cruauté de la guerre froide secrète, où la souffrance des populations locales était le prix à payer pour « l’endiguement du communisme ».

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