Xavier Vallat : Un antisémite sioniste.

Xavier Vallat.

Xavier Vallat est une figure emblématique de l’antisémitisme d’État sous le régime de Vichy, dont la carrière politique offre un visage complexe et paradoxal au prisme de sa relation avec le sionisme, de prime abord incompatible avec son antisémitisme virulent. Sa trajectoire, marquée par une fidélité indéfectible à Philippe Pétain et un antisémitisme radical, contraste étrangement avec un soutien affiché, après-guerre, à la politique israélienne, notamment après la guerre de 1967. Cette dualité invite à prendre comme problématique « le sionisme antisémite de Xavier Vallat », une figure qui illustre une forme singulière et paradoxale d’antisémitisme politique alliée à une certaine admiration pour Israël.

Né en 1891 dans une famille catholique conservatrice, Vallat incarne dès l’entre-deux-guerres un antisémitisme virulent, enraciné dans une vision nationaliste et chrétienne hostile aux juifs qu’il considère comme « un microbe » conduisant la France à une « anémie mortelle ». Député puis haut dignitaire sous Vichy, il est nommé en mars 1941 commissaire général aux questions juives par Pétain. À ce poste, il est l’artisan zélé d’une politique antisémite d’État qui met en place une législation systématique discriminante, spoliante et isolante les Juifs. Il supervise notamment l’Union générale des israélites de France (UGIF), censée représenter les intérêts juifs mais servant en réalité à faciliter les rafles et les déportations vers les camps nazis.

Déclaration de Xavier Vallat en 1941.

Son antisémitisme est d’autant plus virulent qu’il se nourrit d’une peur profonde du judaïsme comme force d’infiltration subversive, ainsi que de la hantise du communisme qu’il associe aux Juifs. Cette hostilité est célèbre, notamment lors d’une intervention virulente à la Chambre en 1936 où il pointe Léon Blum, premier Juif à la présidence du Conseil, en le désignant comme un danger pour la France « gallo-romaine ». Son engagement est aussi marqué par un discours tribal et racial qui exclut toute assimilation possible des Juifs à la nation française.

Pourtant, au-delà de cet antisémitisme de combat, Vallat développe une forme paradoxale de sionisme, qu’on pourrait qualifier d’« antisémite » au sens où elle découle de ses visions raciales et nationalistes. Cette orientation apparaît notamment à travers son amitié avec Kadmi Cohen, un proche de Vladimir Jabotinsky, le leader sioniste révisionniste. Cette relation témoigne d’un lien entre une partie de l’extrême droite française antijuive traditionnelle et les nationalistes sionistes, tous deux partageant une vision de la question juive axée sur la reconnaissance d’une identité juive forte, non assimilable, mais aussi un engagement pour un État juif fort en Palestine.

Kadmi Cohen.
Ouvrage de Kadmi Cohen paru en 1936 .

Après la guerre, condamné pour collaboration en 1947 mais libéré dès 1954, Vallat se positionne de manière surprenante en soutien à Israël, surtout après la guerre des Six Jours en 1967. Cette guerre, où Israël sort victorieux face aux armées arabes, est perçue par lui et une partie de l’extrême droite française comme la confirmation d’un combat colonial et civil contre les peuples arabes, dans la continuité de leur refus de la décolonisation (notamment algérienne). Le soutien de Vallat à Israël s’inscrit ainsi dans un racisme colonial détourné, où Israël est vu comme un bastion de civilisation occidentale face au « péril arabe ». Dans cet esprit, il défend à travers ses écrits et prises de parole le « judaïsme musclé », détournant à son avantage le discours sur la puissance et la domination juive que de Gaulle évoquait en 1967.

Cette évolution illustre parfaitement la complexité du « sionisme antisémite » de Vallat : un antisémitisme qui rejette l’assimilation des Juifs et les considère comme un danger racial, mais qui admire et soutient Israël comme expression ultime d’un peuple juif fort, organisant son pouvoir de manière autonome. Cette posture est paradoxale mais s’inscrit dans une tradition particulière où l’extrême droite antijuive peut paradoxalement soutenir la création d’un État juif comme rempart contre les forces arabes ou communistes, dans un cadre colonialiste et racialiste.

L’ouvrage de Laurent Joly souligne que Vallat, tout au long de sa carrière, incarne une forme d’antisémitisme « national-catholique » explicitée par sa défense fière et revendiquée de sa politique antisémite pendant la guerre, mais restant fidèle à l’État français de Vichy jusque dans sa propagande radiophonique en 1944. Cette fidélité et cette radicalité expliquent aussi pourquoi son soutien à Israël, loin d’être un reniement, s’inscrit dans une continuité idéologique basé sur le rejet des juifs en France comme communauté assimilable, mais la reconnaissance d’une nation juive souveraine à l’étranger.

Biographie de Xavier Vallat par Laurent Joly .


En résumé, Xavier Vallat représente, sous le régime de Pétain, un acteur clé de la politique antisémite d’État, avec une vision profondément raciale et virulente opposée aux Juifs de France, dont il organise la mise au ban social et la spoliation. Cependant, son amitié avec Kadmi Cohen et son soutien postérieur à Israël après 1967 traduisent une forme paradoxale de sionisme antisémite : admiration pour un pouvoir juif fort et organisé ailleurs, mais un rejet absolu à l’intérieur de la société française. Cette ambivalence éclaire les liens complexes entre antisémitisme français traditionnel et sionisme dans la seconde moitié du XXe siècle, entre rejet racial et projet de puissance nationale juive.

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