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La grève générale illimitée est-elle encore possible ?

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La grève générale illimitée est-elle encore possible ?

Pourquoi une grève générale illimitée n’est plus réaliste

Nous ne sommes plus à l’ère industrielle des grandes usines concentrées, où des milliers d’ouvriers pouvaient, en arrêtant le travail, bloquer la production et faire pression collectivement. La structure de l’emploi en France a profondément changé. La majorité des travailleurs n’est plus dans des grands groupes industriels, et une grève générale illimitée n’est simplement pas tenable pour la plupart d’entre eux.

Les chiffres de la structure de l’emploi

Selon l’INSEE (données 2023 sur le tissu productif marchand hors agriculture et finance) :

  • Environ 5 millions de microentreprises (TPE) emploient 17 % des salariés en équivalent temps plein (environ 2,7 millions).
  • Environ 175 000 PME (hors microentreprises) emploient 29 % des salariés (environ 4,6 millions).
  • Les ETI (~7 400) emploient environ 26 %.
  • Les grandes entreprises (~330) emploient environ 28 %.

Autrement dit, les TPE et PME concentrent près de 46 % des salariés du secteur marchand. Fin 2025, l’INSEE compte 30,5 millions de personnes en emploi en France, dont 27 millions de salariés et 3,5 millions de non-salariés.

Du côté des indépendants, l’Urssaf recensait fin 2025 près de 4,94 millions de travailleurs indépendants inscrits (dont environ 3 millions d’auto-entrepreneurs). Même en ne retenant que les actifs économiquement, cela représente plusieurs millions de personnes (artisans, commerçants, professions libérales, consultants, etc.).

Pourquoi la plupart ne peuvent pas se permettre une grève illimitée

Pour les indépendants, artisans et professions libérales, il n’y a pas de « salaire » à suspendre : arrêter de travailler signifie perdre immédiatement 100 % de leur revenu. Aucune caisse de grève collective n’est viable à grande échelle pour eux. Ils ne cotisent pas à un fonds syndical de solidarité comme des salariés d’usine, et leur trésorerie personnelle est souvent limitée. Une grève de plusieurs semaines ou mois les mettrait rapidement en difficulté financière grave (charges, loyer, fournisseurs, famille).

Pour les salariés des TPE et PME, la situation est différente mais tout aussi contraignante :

  • Les marges des petites structures sont souvent faibles. Une interruption prolongée peut mettre l’entreprise en péril (et donc les emplois avec elle).
  • La relation au patron est fréquemment plus directe et personnelle. La pression sociale et la peur de conséquences individuelles sont plus fortes que dans une grande usine anonyme.
  • Même avec une indemnisation syndicale partielle, la plupart des salariés n’ont pas les réserves financières pour tenir une grève illimitée. Les caisses de grève existent, mais elles reposent sur un taux de syndicalisation très faible (environ 10 % des salariés en France, encore moins dans le privé et quasi inexistant dans les TPE).

Qui peut réellement faire gréve longtemps ?

Les secteurs où une grève prolongée est plus envisageable (grandes entreprises industrielles, transports, fonction publique, énergie) ne représentent qu’une minorité de l’emploi total. Même là, les syndicats peinent à mobiliser durablement au-delà de quelques journées, comme le montrent régulièrement les taux de participation aux grèves et le faible taux de syndicalisation.

Une grève générale illimitée capable de paralyser le pays et de renverser un régime suppose une capacité de mobilisation et de résistance financière massive que la structure actuelle de l’économie française ne permet plus. La majorité des travailleurs n’a ni les conditions organisationnelles, ni les moyens financiers, ni l’anonymat collectif de l’ère industrielle pour tenir un tel mouvement.

Cela ne signifie pas que les mécontentements ou les formes d’action collective sont impossibles. Cela signifie simplement que l’outil de la grève générale illimitée comme moyen de renversement politique est structurellement inadapté à la réalité économique et sociale d’aujourd’hui.

Sources : INSEE (Focus 372 sur le tissu productif 2023 ; estimations d’emploi fin 2025), Urssaf (travailleurs indépendants 2025).

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