Dix articles pour imaginer la démocratie directe du futur
Article 3 — Les citoyens sont-ils capables de décider mieux que les élus ?

Lorsqu’on évoque la démocratie directe, une objection revient presque immédiatement.
« Les citoyens ne sont pas compétents pour décider. »
La remarque paraît de bon sens.
Après tout, gouverner demande de comprendre des sujets complexes : économie, énergie, diplomatie, santé, droit…
Comment imaginer que des millions de personnes puissent faire mieux que des responsables politiques expérimentés ?
Mais cette objection repose peut-être sur une question rarement posée :
qu’est-ce qui rend quelqu’un compétent pour décider ?
Est-ce le fait d’être élu ?
Ou est-ce autre chose ?
Car dans nos démocraties actuelles, les élus ne sont pas nécessairement spécialistes des sujets qu’ils traitent.
Ils s’appuient eux-mêmes sur :
- des administrations ;
- des experts ;
- des rapports ;
- des conseillers ;
- des consultations ;
- des groupes d’intérêt ;
- des arbitrages politiques.
L’élection n’accorde pas automatiquement le savoir.
Elle accorde surtout le pouvoir de trancher.
Alors la question devient différente.
Si les élus ne savent pas seuls, pourquoi les citoyens devraient-ils savoir seuls ?
Peut-être parce que ce n’est pas ainsi qu’il faut penser.
Une démocratie directe n’exige pas que chaque citoyen devienne expert en tout.
Elle pourrait permettre :
- d’accéder aux arguments contradictoires ;
- d’écouter des spécialistes ;
- de débattre ;
- de déléguer temporairement de l’analyse ;
- puis de reprendre collectivement la décision.
Nous faisons déjà cela dans nos vies.
Nous demandons des avis.
Nous comparons.
Nous arbitrons.
Puis nous décidons.
La compétence démocratique n’est peut-être pas la capacité de tout connaître.
Elle est peut-être la capacité de juger après avoir entendu plusieurs points de vue.
Et si le problème n’était pas que les citoyens seraient incapables de gouverner…
mais que nous ne leur avons jamais réellement donné les moyens, le temps et les outils pour le faire ?
Cela ne garantit pas que les citoyens décideraient toujours mieux.
Mais cela pose une autre question :
sur quoi repose exactement notre confiance actuelle dans les représentants ?
Sur leur compétence ?
Ou sur l’habitude ?
Question au lecteur :
Si une décision publique importante devait être prise demain, feriez-vous davantage confiance à quelques centaines d’élus… ou à plusieurs millions de citoyens correctement informés ?


