Série : Et si la démocratie n’était pas terminée ? Article 6

Dix articles pour imaginer la démocratie directe du futur

Article 6 — Comment retrouver du temps pour redevenir citoyens ?

Dans l’article précédent, nous avons posé une question simple :

Avons-nous réellement le temps d’être citoyens ?

Si la réponse est souvent non, alors une autre question apparaît :

comment retrouver ce temps ?

Car une démocratie plus directe ne demandera pas seulement des droits politiques.

Elle demandera aussi des conditions réelles pour pouvoir les exercer.

Et cela ouvre une réflexion plus large :

si le progrès nous permet de produire davantage avec moins d’efforts… que voulons-nous faire du temps gagné ?

Plusieurs pistes existent déjà ou sont envisagées.

Certaines sont modestes.

D’autres beaucoup plus ambitieuses.

La première consiste simplement à réduire le temps contraint.

Moins de temps perdu dans les transports.

Moins de complexité administrative.

Des services publics plus accessibles.

Une meilleure organisation du travail.

Quelques heures gagnées chaque semaine représentent déjà une capacité retrouvée à participer à la vie locale, associative ou politique.

Une deuxième piste consiste à partager davantage les gains de productivité.

Depuis deux siècles, les machines permettent de produire plus.

Demain, l’intelligence artificielle et la robotique pourraient accélérer ce phénomène.

La question devient alors :

les gains servent-ils uniquement à produire davantage…

ou aussi à réduire le temps de travail humain ?

Certains imaginent des semaines plus courtes.

D’autres défendent des formes de revenu universel.

L’idée n’est pas forcément de moins contribuer à la société.

Mais de permettre davantage de liberté dans la manière de contribuer.

Une troisième piste consiste à repenser notre rapport à la monnaie.

Certaines expérimentations cherchent à explorer si d’autres formes de création monétaire pourraient modifier les échanges et rendre davantage d’autonomie aux individus.

L’idée n’est pas nécessairement d’augmenter le pouvoir d’achat.

Mais parfois de diminuer la pression permanente qui pèse sur le temps humain.

D’autres hypothèses vont plus loin encore.

Elles imaginent qu’à mesure que les capacités de production augmentent grâce à l’automatisation, nous pourrions entrer progressivement dans une économie d’abondance.

Dans ces scénarios, certains considèrent que la monnaie pourrait même devenir inutile.

Non parce qu’elle serait interdite.

Mais parce que l’accès aux biens et aux services deviendrait suffisamment abondant pour ne plus nécessiter d’échange monétaire systématique.

Dans une telle société, la question ne serait plus :

« Combien cela coûte ? »

Mais :

« Comment organiser équitablement l’accès et qui contrôle les infrastructures de production ? »

Une quatrième piste consiste à considérer le temps comme un bien politique.

Après tout, nous finançons déjà des écoles pour transmettre le savoir.

Des hôpitaux pour préserver la santé.

Pourquoi ne pas imaginer demain des politiques publiques qui libèrent explicitement du temps citoyen ?

Temps de participation locale.

Congés citoyens.

Moments dédiés à la délibération.

Espaces démocratiques dans les communes.

Car si nous considérons que voter est important…

pourquoi le temps nécessaire pour réfléchir ensemble serait-il considéré comme secondaire ?

Au fond, la démocratie directe ressemble peut-être à une pièce de monnaie.

Sur une face :

le pouvoir.

Sur l’autre :

le temps pour l’exercer.

Sans temps disponible, le droit politique risque de rester théorique.

Question au lecteur :

Si le progrès continue à nous faire gagner en productivité… devons-nous utiliser ce gain pour produire davantage… ou pour retrouver du temps afin de participer davantage à la vie collective ?

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