Dix articles pour imaginer la démocratie directe du futur
Article 5 — Avons-nous réellement le temps d’être citoyens ?

Lorsqu’on évoque la démocratie directe, une objection revient presque immédiatement :
« Qui a le temps pour ça ? »
Voter plus souvent.
S’informer.
Lire des propositions.
Comparer des arguments.
Participer à des débats.
Pour beaucoup, cela ressemble moins à un droit qu’à un travail supplémentaire.
Et l’objection mérite d’être prise au sérieux.
Car aujourd’hui, beaucoup ont déjà le sentiment de courir après le temps.
Entre le travail, les transports, les enfants, les démarches administratives, les préoccupations financières ou simplement le besoin de souffler, participer davantage à la vie politique peut sembler irréaliste.
Mais cette objection soulève peut-être une question plus profonde :
Le problème est-il que les citoyens ne veulent pas participer…
ou que notre organisation collective laisse peu de place à l’exercice de la citoyenneté ?
Dans nos démocraties actuelles, nous avons largement délégué le pouvoir politique.
Cette délégation n’est pas seulement une idée institutionnelle.
C’est aussi une réponse pratique :
nous manquons de temps.
Nous avons progressivement confié à des professionnels une activité que nous n’arrivions plus à exercer nous-mêmes.
Mais faut-il pour autant considérer que la citoyenneté doit rester une activité réservée à ceux qui disposent du plus de temps libre ?
Car aujourd’hui déjà, tout le monde ne participe pas de manière égale.
Certains suivent la politique quotidiennement.
D’autres n’en ont ni le temps, ni l’énergie.
Certaines catégories sociales sont davantage représentées dans les débats publics que d’autres.
Le problème n’apparaît donc pas avec la démocratie directe.
Il existe déjà.
Une démocratie directe moderne ne devrait probablement pas demander à chacun de devenir député à temps plein.
Elle pourrait au contraire chercher à rendre la participation plus simple :
participer lorsque le sujet nous concerne ;
choisir ses priorités ;
avoir accès à des synthèses contradictoires ;
prendre connaissance rapidement des enjeux ;
décider ponctuellement ;
et conserver la possibilité d’intervenir lorsque cela paraît important.
La technologie peut aider et va aider.
Mais elle ne remplacera jamais le temps humain disponible.
Le véritable défi n’est peut-être pas de permettre au peuple de voter.
Le véritable défi est de construire une société où les citoyens disposent réellement du temps et des conditions nécessaires pour exercer leur souveraineté.
Et cela pose une question plus large encore :
une démocratie peut-elle être pleinement vivante si ses citoyens n’ont plus le temps d’être citoyens ?
Question au lecteur :
Si exercer le pouvoir politique demande du temps, devons-nous continuer à déléguer ce pouvoir… ou réfléchir à une société qui redonne du temps à ses citoyens ?


