Affaire Athanor : un verdict est tombé, les questions restent

Ce vendredi 17 juillet 2026, après trois mois et demi d’audience, la cour d’assises spécialement composée de Paris a rendu son verdict dans l’affaire dite « des barbouzes de la DGSE » : 17 condamnations sur 22 accusés, 5 acquittements. Des peines lourdes pour les hommes. Un silence assourdissant sur le système qui les a rendus possibles.

Trois têtes, trois peines

Trente ans de réclusion criminelle pour Daniel Beaulieu. L’ex-agent du renseignement intérieur, devenu au fil des années l’architecte d’un réseau de tueurs, écope de la peine la plus lourde prononcée par la cour. Vingt-cinq ans pour Frédéric Vaglio, le « frère » de loge qui décrochait les contrats et faisait tourner la machine. Vingt-sept ans pour Sébastien Leroy, l’exécutant.

Derrière ces trois noms, l’ampleur d’un dossier hors norme : 194 questions soumises à la cour, 112 infractions, 26 crimes. Un assassinat, des tentatives de meurtre, des agressions facturées comme de vulgaires prestations de service. Le tout incubé dans une loge maçonnique de Puteaux, entre initiés qui se croyaient intouchables — et qui, pendant près d’une décennie, l’ont été.

Au moment du verdict, deux attitudes ont résumé le procès. Daniel Beaulieu a demandé « pardon à la France » qu’il dit avoir « servie ». Frédéric Vaglio, lui, n’a pas prononcé un mot.

Une officine née dans l’angle mort de l’État

Tout a commencé par une scène digne d’un mauvais roman d’espionnage. Deux militaires de la DGSE, interpellés en planque, armés, dans une voiture volée, persuadés d’exécuter une mission d’État contre une « agente du Mossad ». La cible ? Une coach en entreprise de Créteil, dont le seul tort était d’avoir croisé la route des mauvaises personnes.

C’est cette interpellation, en 2020, qui a fait tomber le château de cartes. Elle a révélé une mécanique glaçante : des hommes du Service — formés, habilités, encadrés en théorie — recrutés, manipulés et déployés pendant des années sur des opérations criminelles maquillées en missions patriotiques. Sans qu’aucune alarme ne sonne boulevard Mortier.

Nous avions documenté cette mécanique de manipulation, et la part de mythomanie qui l’a nourrie, dans notre enquête sur les zones d’ombre des exécutants. Et nous avions retracé la genèse de ce réseau, à la croisée des cercles maçonniques, des anciens espions et d’une raison d’État dévoyée, dans notre premier volet consacré à l’affaire.

Le procès a jugé des hommes. Pas le système.

C’est la limite, assumée, de l’exercice judiciaire. Les 194 questions posées à la cour portaient sur des faits, des individus, des responsabilités pénales. Elles ne portaient pas — elles ne pouvaient pas porter — sur la faillite institutionnelle qui a servi de terreau à l’affaire.

Car la question béante demeure : comment un service dont le métier est précisément de tout savoir a-t-il pu ignorer, pendant des années, ce que faisaient certains de ses propres hommes ? Comment des personnels habilités au secret de la défense nationale ont-ils pu être approchés, retournés et utilisés par une officine privée sans qu’aucun mécanisme de contrôle interne ne s’en aperçoive ?

À ce jour, aucune réponse publique n’a été apportée à des interrogations pourtant élémentaires : quel audit interne la DGSE a-t-elle mené sur la perméabilité de ses personnels ? Avec quelles conclusions ? Rendues à qui — à la ministre des Armées, à la délégation parlementaire au renseignement, à personne ?

Le silence de l’institution contraste avec la publicité du procès. Pendant trois mois et demi, la justice a fait son travail, méthodiquement, question après question. L’État, lui, n’a toujours pas rendu de comptes sur les défaillances qui ont permis à l’affaire Athanor d’exister.

Le verdict du 17 juillet clôt un chapitre judiciaire. Il n’ouvre pas, pour l’instant, le chapitre du contrôle démocratique des services. C’est pourtant là que se joue la suite de cette histoire.

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