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La France des retraités, entre mythe et réalité

Par Bettina Flores 30 août 2026 14 min de lecture
Bettina

Un tour d’horizon avec quelques chiffres

D’après la DREES1, fin 2023 il y avait 17,2 millions de personnes retraitées de droit direct des régimes français. Leur nombre a augmenté de 1,3 % par rapport à fin 2022 mais est inférieur à celui observé entre 2005 et 2010 et se situe dans la tendance des dernières années.

Les femmes représentent 53 % des retraités. 85 % soit 14,6 millions de retraités perçoivent une pension de droit direct du régime général, 12,6 millions, une pension complémentaire du régime unifié fusionnant l’association générale des institutions de retraite des cadres et l’association pour le régime de retraite complémentaire des salariés (Agirc-Arrco). 4,4 millions de personnes touchent une pension de réversion dont 900 000 personnes pour qui c’est l’unique pension de retraite. Les pensions de réversion sont touchées à 87 % par les femmes.

La pension brute moyenne a progressé de 2,4 % en euros courants mais a baissé de 1,2 % en euros constants entre 2022 et 2023. Fin 2023, la pension moyenne s’élève à 1 666 euros bruts, soit 1 541 euros nets. En 2023, les femmes ont une pension moyenne inférieure de 38 % à celle des hommes, contre un écart de 50 % en 2004 dû aux inégalités de parcours professionnel (écarts de salaire, quotité de travail et de durées de carrière). En incluant l’éventuelle pension de réversion qui concernent souvent les femmes, l’écart est de 25 % en 2023.

Le taux de pauvreté des retraités reste plus faible de 4,4 points de pourcentage à celui de l’ensemble de la population (respectivement 10,0 % et 14,4 %). Depuis 2010, l’âge de départ à la retraite a augmenté de 2 ans et 3 mois. Fin 2023, il était à 62 ans et 9 mois. Il a augmenté (+ 2 ans et 3 mois) suite à la réforme de 2010. Les femmes liquident leurs droits en moyenne 8 mois après les hommes. En 2023, elles prennent leur retraite en moyenne à 63 ans et 1 mois contre 62 ans et 5 mois pour les hommes. Le droit de départ à la retraite à taux plein est de 67 ans en 2010 contre 65 ans auparavant, la réforme Touraine de 2013 la maintenant à 67 ans (43 annuités).

Les retraités sont à 62 % propriétaires. En 2024, ils ont 2 188 euros de revenus mensuels contre 2 489 euros pour les actifs occupés. Si on mesure le niveau de vie sans revenus du patrimoine, il est inférieur à celui des actifs, l’écart étant de 15 %. Avec patrimoine, l’écart n’est plus que de 2 %, quasi égal à celui des actifs, d’après un rapport de Christiane Demontès et Dominique Leclerc2.

À partir de l’année de naissance 1973, il faut 172 trimestres pour une retraite à taux plein, sans décote par années manquantes. L’âge légal est de 64 ans pour les générations nées à partir de 1968. Le taux plein est automatique à 67 ans quel que soit le nombre de trimestres cotisés.

Le système par répartition est basé sur la solidarité financière entre actifs et retraités. La pension moyenne est de 1 607 euros bruts mensuels, environ 1 520 euros bruts pour les salariés du privé, 2 300 euros bruts pour les fonctionnaires de la fonction publique d’État.

La part de la population de retraités est de 25 %, l’âge moyen 75 ans, l’âge de départ moyen 63 ans et demi. Entre 17,2 et 17,9 millions de retraités touchent en moyenne 1 541 euros par mois, 8 % une pension supérieure à 3 000 euros par mois (les cadres supérieurs, les professions libérales, les hauts fonctionnaires ou les personnes ayant complété leur-s régime-s de retraite par de l’épargne ou de l’immobilier).

Une pension pour une personne seule entre 2 200 à 2 600 euros nets par mois est considérée comme une retraite confortable, environ 4 000 euros par mois pour un couple de propriétaires. Il n’y a pas eu d’augmentation des pensions au 1er juillet 2026, la dernière ayant eu lieu le 1er janvier 2026, 0,9 % de revalorisation, même chose pour la retraite complémentaire Agirc-Arrco. Pour une carrière complète au SMIC, le montant moyen de la pension est entre 1 000 et 1 200 euros bruts par mois (retraite de base + retraite complémentaire). Le minimum vieillesse l’ASPA (Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées) est de 700 euros par mois3.

Les vieux tous riches ?

Roland Lescure, le ministre de l’Économie et des Finances, interviewé sur RMC/BFMTV le 24 août dernier, a parlé d’augmenter les franchises médicales à 70 euros le 1er octobre 2026, de ne pas augmenter les pensions autant que l’inflation qui est à 2 %, ce qui correspondrait pour une pension à 2 000 euros à 40 euros de dévalorisation par mois, de limiter les crédits d’impôts. À la question : « C’est quoi un retraité aisé ? », il n’a pas répondu… La perspective d’une année blanche, de désindexation, a été évoquée.

La retraite par capitalisation, un système d’épargne individuelle où chaque actif met de l’argent de côté tout au long de sa carrière pour financer sa propre retraite a été abordée, des sommes mises sur un produit d’épargne dédié, des fonds investis (en actions, obligations, etc.) pour générer des intérêts et prendre de la valeur avec le temps. Une fois à la retraite, le principe est de récupérer son épargne sous forme de capital ou de rente périodique, contrairement à la retraite par répartition. Le risque d’être exposé aux marchés financiers dont une baisse peut affecter la valeur de l’épargne accumulée, est loin d’être négligeable. Et quid des nombreux retraités à faible revenus qui ne peuvent pas épargner ayant à peine de quoi vivre ? Ne seraient concernés que les 8 % de retraités aux pensions supérieures à 3 000 euros par mois ?

Les 60-64 ans ont un taux d’emploi de 42 %. 26 % des cadres de plus de 50 ans sont en chômage longue durée. Le chiffre passe à 40 % après 60 ans. Les 55-59 ans ont un taux d’emploi de 79 %, les 25-49 ans de 82,7 % contre 60,3 % pour les 55-64 ans. Aussi, pour épargner, toucher une retraite pleine, encore faut-il avoir travaillé sans avoir connu de périodes de chômage et avoir cotisé suffisamment de trimestres.

« Le montant des retraites varie de 790 euros par mois pour les ménages les plus pauvres à plus de 4 000 euros par mois pour les plus riches. Les 10 % des ménages aux retraites les plus élevées perçoivent 17 % de l’ensemble des pensions. (…) Le dixième le plus favorisé a donc touché 6,7 fois plus que le dixième le moins favorisé »4.

Les fonds de pension aux États-Unis

Les fonds de pension américains par capitalisation, des plans d’épargne de retraite, destinés aux fonctionnaires représentent 4 000 milliards de financements manquants dus à la faiblesse des taux d’intérêt, trois fois moins de ce qui a été récolté. Plusieurs grandes villes comme Dallas, Chicago, Philadelphie et la Nouvelle-Orléans ne paient plus l’intégralité des retraites dues à leurs ex fonctionnaires et cette situation devrait continuer de se détériorer.

Trois régimes différents existent aux États-Unis : Social Security, la retraite fédérale instituée pendant le New Deal, calculée en fonction du nombre d’années travaillées, des cotisations versées et de l’inflation ; les pensions payées par les grandes entreprises et les administrations publiques ; la retraite par capitalisation qui consiste en plans d’épargne-retraite et fonds de pension.

Les retraités les plus pauvres reçoivent des aides fédérales complémentaires ainsi que pour les soins (Medicare)5.

Les retraités à l’étranger

Environ 1,1 million de retraités vivent à l’étranger, ce qui correspond à 7 % de l’ensemble, en Europe entre 47 et 52 % (Portugal, Espagne, Italie), en Afrique entre 41 et 43 % (Algérie et Maroc en tête), 6 % sont répartis entre les Amériques, l’Asie et l’Océanie. Ils sont en moyenne plus âgés et touchent des pensions plus faibles, 34 % sont âgés de 80 à 89 ans contre 19 % en France. Depuis l’an 2000, le nombre de retraités installés hors de France a augmenté de plus de 20 %6.

On imagine facilement que le climat plus clément de certaines destinations n’est pas l’unique raison pour s’expatrier après une vie quasi entière passée en France… L’immobilier, le coût de la vie moins cher, des exonérations d’impôts même dans certains pays d’Europe, pour beaucoup sont la motivation première, en ayant la possibilité de vivre décemment et autrement mieux que s’ils étaient restés en France.

Aussi, le mythe « des vieux riches et des jeunes pauvres » me semble surfait et peu conforme à la réalité sociale.

Un basculement anthropologique

Les attaques en bandes organisées… contre les retraités supposément privilégiés et devant faire des sacrifices alors qu’ils ont travaillé de longues années et cotisé pour leur retraite, renvoient à un changement anthropologique. Les « vieux » sont de plus en plus considérés comme inutiles, un poids pour la société et coûtant cher. L’épisode du Covid-19 l’a bien montré : il n’était pas nécessaire de les hospitaliser ou de les soigner car ils prenaient la place des jeunes (qui au passage, n’étaient pas concernés par le Covid-19) et trop âgés, on ne pouvait rien faire pour eux. Pourtant, le rapport de l’ATIH (Agence Technique de l’Information Hospitalière) du 28 octobre 2021 a montré que contrairement à ce qui a été déclaré dans les médias, les hôpitaux n’ont pas été débordés, à plus de 50 % cela n’a pas été le cas.

La seule perspective de soins soi-disant « palliatifs » pendant l’épidémie qui leur a été donnée était la prescription de Rivotril par les décrets du 28 mars 2020 jusqu’au 11 mai 2020, du 31 mai 2020 et du 16 octobre 2020, signés par le Premier ministre Édouard Philippe et le ministre de la santé Olivier Véran, « une prescription hors AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) dans le cadre du Covid-19 pour les personnes âgées susceptibles d’être atteintes par le SARS-CoV-2 ». Ainsi, une grippe, une pneumonie, de l’asthme, des difficultés respiratoires, étiquetées « Covid-19 » justifiaient le traitement délétère par Rivotril en lieu et place des soins par antibiotiques classiques.

D’après le statisticien Pierre Chaillot, « Entre mars 2020 et mars 2021, les 48 000 ampoules de Rivotril vendues par les pharmacies en excès par rapport à la norme, représentent la possibilité de 24 000 décès ‘’accélérés’’. Et l’on ne connaît pas le nombre de doses délivrées directement dans les hôpitaux »7.

Combien de personnes âgées aident leurs enfants ou petits-enfants touchés par des difficultés économiques ? À l’inverse, combien d’enfants sont obligés de prendre en charge tout ou partie leurs parents aux revenus insuffisants ? Les premiers dans l’aide financière qu’ils apportent à leurs descendants contribuent à un équilibre économique de plus en plus précaire pour de plus en plus de personnes dans le pays. Les seconds sans leur soutien, verraient leurs parents sombrer dans la pauvreté, dans l’incapacité de vivre décemment.

Ce basculement anthropologique qui considère la personne âgée comme « périmée » ou obsolète car elle n’est plus en mesure de gagner sa vie, elle ne rapporte rien, ce qui est faux en grande partie, est dans l’air du temps quand la vieillesse est devenue taboue, politiquement incorrecte. Or, les « jeunes » retraités sont des consommateurs comme les autres, de loisirs, de culture, de voyages, du moins pour ceux qui en ont les moyens et ils contribuent à l’économie du pays, également dans leur implication bénévole dans des associations. Et même le grand âge avec les soins médicaux, infirmiers, hospitaliers, d’aide ménagère à domicile, etc., génère de l’activité qui profite à de nombreux secteurs. Mais, encore faut-il que les pouvoirs publics suivent. Or, ce n’est plus le cas, l’hôpital public, l’éducation nationale, la justice, la sécurité (cf. les pompiers confrontés aux incendies récents) sont en déliquescence totale faute de moyens suffisants.

La France a versé en quatre ans de guerre 8,6 milliards d’euros en soutien humanitaire et armement à l’Ukraine8 mais n’a plus d’argent pour les retraites, l’hôpital, l’éducation, la justice, etc. C’est bien un choix de société qui se révèle sous nos yeux. À quoi bon investir dans l’inutile, le non rentable, le court terme ? Les marchands de canons pour une guerre fratricide qui ne nous concerne pas, ont bien plus d’argent à se faire…

Un patrimoine culturel inestimable

Les personnes âgées sont la mémoire d’un pays, d’une famille, transmettent des valeurs culturelles à leurs enfants, un patrimoine pas seulement immobilier mais aussi symbolique au prix inestimable. Se débarrasser des vieux, des inutiles, des malades, des handicapés, comme cela a été fait lors de sombres périodes de l’histoire récente, est le signe inquiétant d’une société malade. Qui n’a pas eu une grand-mère, un grand-père affectueux, qui prenait soin de lui en lui donnant tout l’amour qu’il pouvait ?

J’avais trouvé frappant et choquant au début de la crise du Covid-19 les interventions de (jeunes) responsables politiques dont je préfère oublier les noms, sur les personnes âgées qui pour eux, en résumant leurs propos avaient « fait leur temps » et devaient savoir « lâcher prise » car cela avait « assez duré »… Or, derrière ces paroles se cache d’abord la question économique – quand ce n’est pas la seule qui est invoquée, pensée. On imagine qu’une fois devenues âgées ces mêmes personnes ne tiendront pas le même discours pour elles, mieux qu’il n’est pas valable pour leurs proches. On verra aussi dans quelques années ce qu’il en sera quand elles seront abandonnées dans un EHPAD par leur famille.

Déjà le sociologue Jean Baudrillard (1976)9 mettait l’accent sur « le Troisième âge (qui) dit bien ce qu’il veut dire : il est une sorte de Tiers-Monde. Ce n’est plus qu’une tranche de vie, marginale, asociale à la limite – un ghetto, un sursis, un glacis d’avant la mort. (…) À mesure que les vivants vivent plus longtemps, à mesure qu’ils ‘’gagnent’’ sur la mort, ils cessent d’être reconnus symboliquement. Condamnés à une mort qui recule toujours, cet âge perd son statut et ses prérogatives », contrairement aux sociétés anciennes où le statut de vieillard était le plus valorisé. Le sociologue explique que l’allongement de l’espérance de vie crée une « discrimination de la mort elle-même ».

Une société, un pays, qui renie ses « vieux », qui ne les respecte pas voire qui ne les honore pas, n’a plus de passé et donc pas d’avenir.

1 : Pierre Chelouko sld, « Les retraités et les retraites – Édition 2025 », Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (DREES), 31 juillet 2025.

2 : Christiane Demontès, Dominique Leclerc, « Retraite 2010 : régler l’urgence, refonder l’avenir », Rapport d’information n° 461, 18 mai 2010.

3 :  https://fr.wikipedia.org/wiki/Retraite_en_France

4 : « Retraites : qui reçoit combien ? », Observatoire des inégalités, 10 février 2023.

5 : « Le système de retraites américain menacerait de s’effondrer », RFI, 19 mai 2017.

6 : « La géopolitique discrète des retraités expatriés », Le Cercle de l’épargne, 11 septembre 2025.

7 : Pierre Chaillot, Covid-19 ce que révèlent les chiffres officiels. Mortalité, tests, vaccins, hôpitaux, la vérité émerge, Paris, L’Artilleur, 2023.

8 : Nicolas Cuoco, « Quatre ans de guerre en Ukraine : quel est le poids réel de l’aide française à Kiev ? », Le Journal du Dimanche, 24 février 2026.

9 : Jean Baudrillard, L’échange symbolique et la mort, Paris, Gallimard, 1976.

Bettina Flores, 29 août 2026.

Bettina Flores
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